Violence, désintéressement, oisiveté Le déclin silencieux dune jeunesse sans repères, entre écrans, alcool et illusions.
Par BIWAGOU Juldas Stevince : Tribune Libre
Il fut un temps où la jeunesse incarnait la promesse, la vitalité, la curiosité et lespérance.
« Car une société qui perd sa jeunesse ne perd pas seulement son avenir : elle abdique son âme. »
Des repères brouillés, des valeurs éteintes
Il fut un temps où la jeunesse incarnait la promesse, la vitalité, la curiosité et lespérance. Celle daujourdhui, pourtant, semble vaciller entre dérive et désenchantement. Nos écoles bruissent moins de débats que de querelles.
Nos universités, jadis laboratoires didées, se transforment en scènes de violence, de défiance et doisiveté collective. Ce qui devait être un lieu déveil est devenu, trop souvent, un théâtre de désordre.
Dans les couloirs, la question nest plus : « Que lis-tu ? », mais « Il faut encore boire aujourdhui ? », une phrase devenue symbole dune génération qui cherche à « glacer les choses », à anesthésier ses angoisses. L’alcool, les stupéfiants et les drogues coulent désormais comme des échappatoires, tandis que la vente illicite devient, pour certains, un modèle de réussite illusoire.
Les chansons qu’ils écoutent ne sont plus des hymnes à la vie, mais des refrains vides, faits de mots sans âme, de rimes sans sens. Des mélodies qui glorifient l’argent facile, la débauche et la violence. Pendant ce temps, la poésie, la littérature, le théâtre et le débat d’idées s’éteignent doucement, comme des bougies oubliées dans un monde sans aube.
L’addiction numérique : l’autre prison invisible
À ces dérives s’ajoute une dépendance plus insidieuse encore : celle des écrans. Les réseaux sociaux sont devenus la nouvelle place publique de la jeunesse, mais au lieu den faire des outils de croissance, ils sy enferment dans le superficiel. Là où, ailleurs, les jeunes s’enrichissent culturellement, se forment, s’informent et bâtissent des projets, ici, TikTok devient souvent l’espace de la débauche, de la diffamation, du harcèlement, de la moquerie et de la perversion. Des lives vides de sens, où triomphent la provocation et l’exhibition, captivent davantage que les panels consacrés à la science, à la culture ou à l’économie. La pensée s’efface sous le filtre des apparences. Le paraître a triomphé de l’être.
Les heures passent, les écrans défilent, mais rien ne s’imprime. Cette dépendance numérique accentue le désintéressement du réel, éloigne du livre, du dialogue, du monde tangible. C’est une fuite en avant collective, une anesthésie moderne.
L’effort en déroute, le savoir en fuite
À l’école, l’effort est devenu suspect. L’apprentissage, une corvée. On décroche, on triche, on copie sans comprendre, on obtient des diplômes sans substance. Le plus inquiétant, c’est cette génération de diplômés qui n’écrit plus, ne lit plus, ne pense plus. Des titulaires de master qui écrivent comme ceux qui n’ont jamais franchi la classe de CM. Des cerveaux saturés d’informations, mais affamés de connaissance.
L’oisiveté comme destin
Et que dire du chômage, ce poison lent qui ronge la jeunesse ? Sans travail, sans horizon, beaucoup glissent dans l’oisiveté, puis dans le vice. L’ennui devient le terrain fertile de toutes les dérives. Dans les quartiers, les braquages se multiplient, les trafics se banalisent, la peur s’installe.
Les familles, elles, se défont à petits pas. Les parents, dépassés, démissionnent. L’État, lui, observe. Absent, silencieux, indifférent. Pendant que s’écrouler le socle même de la nation : sa jeunesse.
Réapprendre à espérer
Ce déclin n’est pas une fatalité. Il est le fruit dune succession de renoncements. Renoncement des institutions à éduquer, des parents à encadrer, des jeunes à se dépasser. Il est urgent de rallumer la flamme de la curiosité, de la dignité et du goût de l’effort. Dencourager à penser, à créer, à lire, à rêver autrement.
Car une société qui perd sa jeunesse ne perd pas seulement son avenir : elle abdique son âme.
Par Juldas Stevince BIWAGOU,
Manager, Communicant et homme des médias
Libreville, le 23 Octobre 2025


























