Tel un arbitre sortant enfin de sa réserve après un match houleux, la Haute Autorité de la Communication (HAC) a pris la parole. Depuis plusieurs jours, l’arrestation du journaliste Harold Leckat Igassela, Directeur de publication du média en ligne Gabon Média Time (GMT), le 15 octobre 2025, faisait bruisser les réseaux et enflammait les débats. Ce 22 octobre, la voix de l’institution s’est élevée, posée mais ferme, pour appeler à la retenue et au respect des droits fondamentaux.
Dans son communiqué, signé par son président Germain Ngoyo Moussavou, la HAC reconnaît n’avoir reçu aucune notification officielle sur les motifs précis de cette arrestation. Une absence d’information qui, tel un rideau de fumée, épaissit encore le mystère. Dans le silence des couloirs administratifs, les rumeurs se sont engouffrées comme un vent d’harmattan : deux versions s’entrechoquent, dessinant des récits opposés d’une même affaire.
La première version, d’allure juridique, évoque un contentieux commercial opposant GMT à la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC). Au cœur du différend : une convention publicitaire malmenée, dont l’exécution aurait viré à la querelle de contrat. Une affaire somme toute classique, diront certains.
Mais la seconde version, plus politique, brûle d’un autre feu. Plusieurs associations et syndicats de la presse y voient une main invisible, celle de la censure, punissant un journaliste au verbe libre et au regard critique. Pour ces voix, l’arrestation de Harold Leckat n’est pas une simple histoire de chiffres et de clauses, mais un coup de froid sur la liberté de la presse, ce fragile flambeau qui éclaire la démocratie.
Face à ce tumulte, la HAC marche sur une ligne de crête : ne pas juger avant la justice, tout en rappelant les principes sacrés qui fondent le métier d’informer. L’institution dit faire confiance à la justice gabonaise, qu’elle espère « impartiale et équitable », mais insiste pour que les droits du journaliste soient pleinement respectés.
Sous la plume de Germain Ngoyo Moussavou, la déclaration prend des accents d’équilibre et d’avertissement : les médias doivent manier la vérité avec précaution, comme on porte une lampe dans la nuit, sans l’éteindre, sans incendier. La HAC appelle à la responsabilité, à l’objectivité et au professionnalisme, rappelant que la liberté d’expression n’est pas un laissez-passer pour la démesure.
Mais l’autorité ne se veut pas spectatrice muette. Elle réaffirme son rôle de gardienne du temple médiatique, prête à défendre les journalistes « injustement inquiétés », tout en exhortant la profession à garder la tête froide et la plume droite. Car dans cette affaire où l’encre se mêle au soupçon, la vérité, elle, mérite d’être écrite sans hâte, mais sans peur.

























