Ce mercredi 15 octobre 2025, le Directeur de publication de Gabon Média Time, Harold Leckat Igassela, a foulé le sol de Libreville après un séjour en France. À peine le temps de respirer l’air de son pays que les menottes du silence se refermaient sur lui. Devant son épouse médusée, des gendarmes surgis de l’ombre l’ont cueilli, sans un mot de trop, sans un geste de trop. L’homme de plume fut conduit, non vers sa maison, mais vers ce lieu où la lumière ne filtre qu’à travers les soupirs : la Direction générale des recherches (DGR). Tout ceci malgré le bon classement de Reporters sans frontières (RSF) 2025.
Ce service, dont le nom seul glace le sang, s’est une fois encore mué en théâtre d’un scénario bien connu : celui de l’intimidation feutrée. Harold Leckat y a passé la nuit, dans un cachot que beaucoup décrivent comme une antichambre du silence. Un journaliste venu lui rendre visite à l’aube n’a pu franchir la barrière. « Impossible de le voir sans l’aval de l’enquêteur », lui aurait-on répondu, un brin ironique, comme si la transparence était devenue un privilège administratif.
Les raisons de cette arrestation restent aussi opaques que les murs de la DGR.
Selon Dépêche241, Harold Leckat Igassela était attendu le lendemain, jeudi 16 octobre, pour une audition liée à une affaire concernant la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC). Pourquoi, alors, cette mise en scène précipitée ? Pourquoi transformer une convocation ordinaire en spectacle de force ? Ces questions flottent, suspendues, dans un silence épais.
Le média en ligne souligne que c’est la deuxième convocation en quelques semaines visant le même homme, le même journaliste, le même symbole d’une presse qui dérange. Deux signaux, deux avertissements peut-être, adressés à ceux qui osent encore gratter là où le vernis du pouvoir se fendille.
Ce sombre épisode contraste violemment avec l’image que le Gabon s’efforce de renvoyer à la communauté internationale. En 2025, le pays a pourtant bondi de 15 places dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF), passant de la 56ᵉ à la 41ᵉ position. Un progrès salué par le Secrétaire général de RSF, Thibault Bruttin, et par le Directeur Afrique, Sadibou Marong, reçus en audience par le président Brice Clotaire Oligui Nguema le 10 septembre 2025. On n’y voyait un véritable changement et rupture avec le régime d’Ali Bongo Ondimba.
Mais derrière ce tableau flatteur, la réalité semble plus âpre. Tandis que les chiffres s’élèvent, les voix, elles, s’étouffent. Le cachot de Harold Leckat Igassela devient ainsi le miroir d’une contradiction nationale : celle d’un pays qui monte dans les classements tout en descendant, lentement, dans l’estime de ses propres journalistes.


























