L’Union africaine (UA) a annoncé, mercredi 15 octobre 2025, la suspension immédiate de Madagascar de toutes ses instances, à la suite du renversement du président Andry Rajoelina par des militaires. Cette décision, qualifiée de « réponse ferme » par Mahamoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’UA, s’inscrit dans la doctrine de l’organisation contre les changements anticonstitutionnels de régime. Mais derrière la rigueur des sanctions, une question persiste : l’UA agit-elle réellement pour les peuples ou pour les principes ?
Depuis plusieurs années, l’Union africaine multiplie les suspensions en réaction aux coups d’État sur le continent. Mali, Burkina Faso, Niger, Gabon, Guinée… la liste s’allonge, et avec elle, le sentiment d’une mécanique bien huilée : condamnation, suspension, appel au retour à l’ordre constitutionnel. Pourtant, peu de ces interventions ont débouché sur des transitions inclusives ou des améliorations concrètes pour les populations.
À Madagascar, la crise politique couvait depuis des mois. Manifestations, contestations, accusations de dérives autoritaires : le renversement du président Rajoelina, bien qu’anticonstitutionnel, s’inscrit dans un contexte de rupture entre le pouvoir et une partie de la société civile. La réponse de l’UA, exclusivement institutionnelle, semble ignorer les racines sociales et politiques du malaise.
La suspension de Madagascar soulève donc une interrogation plus large : l’Union africaine est-elle devenue une organisation experte en sanctions, mais impuissante à accompagner les peuples dans leurs aspirations démocratiques ? À force de défendre les textes, ne risque-t-elle pas de perdre le contact avec les réalités du terrain ?
Sur un continent en quête de stabilité, la légitimité de l’UA ne peut reposer uniquement sur des postures normatives. Elle doit s’incarner dans une capacité à écouter, à dialoguer, à proposer des solutions politiques adaptées. Sans cela, ses décisions risquent de n’être perçues que comme des gestes symboliques, déconnectés des véritables enjeux populaires.












































