Libreville, le 11 octobre 2025- Dans le tumulte politique qui agite Ntoum, plus précisément le 1er arrondissement, plusieurs voix s’élèveraient aujourd’hui pour dénoncer ce qui serait une manœuvre concertée derrière les rideaux électoraux. Selon ces dénonciations, une « main noire », invisible dans l’espace public mais fortement agissante dans les couloirs du pouvoir, tirerait les ficelles afin d’infléchir le verdict des urnes en faveur d’un candidat jugé plus malléable ou plus utile à certains intérêts.
Parmi les noms évoqués, deux anciens premiers ministres, Paul Biyoghe Mba et Julien Nkoghe Bekalé , ainsi qu’un cadre influent de l’UDB (Union Démocratique des Bâtisseurs), Aboghe Nzet Eric, candidat aux locales soutenu personnellement par Aurélien Mintsa, frère cadet du chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema, Serge Zeng Ango de l’UN (Union nationale), et l’indépendant Pierre Nsama Ondong, seraient cités comme acteurs centraux de cette machination supposée.
L’adversaire principal, selon cette lecture, ne serait autre que Camélia Ntoutoume-Leclercq, ministre d’État de l’Éducation nationale, candidate du PDG dans cette même circonscription.
Mais alors, pourquoi refuser de soutenir la candidate issue du PDG? Pourquoi d’anciens cadres du PDG se rangeraient-ils derrière d’autres postulants ? Et surtout, pourquoi, dans l’ombre, s’acharner contre une personnalité ministérielle choisie par le chef de l’Etat lui-même au gouvernement ?
Plusieurs hypothèses se dégageraient des coulisses de cette rivalité politique pour le contrôle du 1er arrondissement de Ntoum:
Une volonté de reconquête politique.
D’anciens « gros calibres » du PDG, comme on le suggère ici, verraient dans cette configuration une opportunité de retour discret sur le devant de la scène.
En freinant l’ascension d’un nouveau visage comme Camélia Ntoutoume-Leclercq, ils préserveraient l’espace pour eux ou pour leurs affidés.
Le soutien à un candidat « allié », même extérieur au PDG, pourrait être une façon de regagner de l’influence et de repositionner leurs réseaux dans la localité.
Une crispation sur le leadership féminin et générationnel
Le rejet affiché, parfois brutal, à l’égard de Camélia Ntoutoume Leclercq, qualifiée de « gamine » ou d’« inexpérimentée », pourrait traduire une résistance de certains notables face à l’émergence d’une nouvelle génération, dirigée de surcroît par une femme.
Dans une circonscription où le pouvoir local repose souvent sur des compromis entre barons politiques, la percée d’une ministre ambitieuse pourrait ébranler des équilibres anciens.
À Ntoum, la bataille ne se joue peut-être plus dans les urnes, mais dans les salons feutrés où se négocient les équilibres du lendemain.
Alignements partisans et “non-dits” des alliances.
Bien qu’elle soit candidate du PDG, Camélia Ntoutoume-Leclercq ne bénéficierait pas automatiquement du soutien des anciens cadres du parti, dont les fidélités se seraient déplacées au gré des intérêts personnels ou claniques.
Certains verraient dans des alliances locales avec des figures de l’UDB une manière plus sûre de garantir leurs avantages, nominations, contrats ou retombées économiques.
Ainsi, la guerre ne se ferait pas entre partis, mais entre ambitions et calculs au 1er arrondissement de Ntoum.
Scrutateurs et soupçons : le cœur du malaise électoral
Les accusations porteraient également sur l’instrumentalisation du processus électoral lui-même.
Le gouverneur de l’Estuaire et le président de la commission électorale auraient « boycotté » l’application de l’article 115 du Code électoral, relatif à la désignation des scrutateurs, pour imposer des remplaçants choisis hors du cadre prévu, choisi par les partis politiques.
Cet article prévoit que les scrutateurs doivent être désignés par la commission électorale locale en s’appuyant sur la liste d’aptitude des scrutateurs formés en matière électorale..
Un contournement de cette disposition légale, s’il était avéré, renforcerait l’impression d’un contrôle indirect du scrutin par des acteurs invisibles mais puissants.
Plusieurs éléments expliqueraient l’acharnement dont elle ferait l’objet :
Une position trop prestigieuse : en tant que ministre d’État, elle incarne la présence du pouvoir central dans la localité. Son poids politique dérangerait ceux qui préfèrent des élus plus discrets et plus « gérables ».
Un “juste prix” pour certaines alliances : pour certains réseaux anciens, le sacrifice d’une ministre pourrait être le coût à payer pour maintenir leur contrôle sur le 1er arrondissement de Ntoum, voire dans toute la localité.
Une stratégie d’intimidation : la qualifier de « gamine », de « jeune fille » ou d’« ayant trop duré » viserait à miner son autorité auprès de l’électorat.
La peur du modèle : sa victoire risquerait d’ouvrir la voie à d’autres femmes et jeunes politiciens décidés à briser le cercle fermé des notables.
Les vieux réflexes politiques semblent avoir la peau dure, même à l’ère du renouveau annoncé.
Ce jeu d’alliances ne relèverait pas seulement des rivalités locales.
Des acteurs extérieurs, provinciaux ou nationaux, pourraient aussi tirer avantage de la situation pour maintenir leur influence sur le département de Komo-Mondah, voire du 1er arrondissement de Ntoum.
Car à Ntoum, les luttes électorales sont rarement de simples affaires de terrain : elles servent souvent de test pour des équilibres plus vastes au sein du système politique gabonais.
Au-delà du duel de personnalités, c’est la crédibilité même du processus électoral qui serait en question.
L’épisode des scrutateurs illustre une fois de plus le défi de la transparence électorale au Gabon : comment garantir des élections équitables lorsque les mécanismes institutionnels se heurtent à la réalité des rapports de force ?
Ce climat tendu s’inscrit dans un second tour déjà marqué, au niveau national, par des contestations similaires autour de la neutralité des organes de supervision électorale.
Si les faits rapportés ici dessinent le tableau d’une tentative de verrouillage politique orchestrée par d’anciens barons, le petit frère du chef de l’État, soucieux de préserver leurs zones d’influence, quitte à contrarier les ambitions d’une ministre en fonction, par ricochet du président Oligui Nguema.
Mais au-delà des apparences, cette affaire mettrait surtout en lumière la résistance d’un vieux système face à l’émergence d’une génération nouvelle, plus directe, plus visible et, peut-être, plus menaçante pour les vieilles habitudes.
À Ntoum, c’est plus qu’un affrontement de candidatures, c’est une lutte entre deux générations du pouvoir : celle qui refuse de lâcher prise, et celle qui entend prouver qu’elle peut gouverner autrement.











































