Le système bancaire de la zone CEMAC, et particulièrement celui du Gabon, fait face à une montée préoccupante des créances douteuses. En un an, le volume des prêts jugés irrécouvrables est passé de 130,7 à 171 milliards de fcfa, soit 17,19 % du total des crédits accordés. Même après constitution de provisions, 88 milliards restent à risque, représentant 8,8 % du portefeuille global. Cette hausse rompt avec le léger recul observé en 2023 et confirme une tendance haussière amorcée depuis 2019.
Le secteur de la microfinance n’est pas épargné : sur les 18 établissements présents au Gabon, la majorité subit une flambée des impayés, réduisant l’accès au crédit pour les ménages et les petites entreprises. À l’échelle régionale, le taux de créances en souffrance est passé de 16,7 % à 17,4 % en trois mois, après avoir quadruplé en une décennie.
La COBAC identifie deux types de causes :
Structurelles : insuffisance dans l’analyse des risques, gouvernance interne défaillante, et priorisation excessive des objectifs commerciaux.
Conjoncturelles : fragilité des finances publiques, retards de paiement de l’État, séquelles post-Covid et ralentissement économique.
Cette accumulation de créances douteuses freine l’octroi de nouveaux crédits, entrave l’investissement privé et limite la création d’emplois. Dans une économie où le crédit bancaire est un levier essentiel, le risque systémique devient tangible.
Face à cette menace de crédits dans la zone CEMAC, la COBAC et la BEAC recommandent un renforcement de la gestion des risques, la mise en place de garanties publiques ciblées, une amélioration du recouvrement et une révision des politiques de prêt.
Si aucune réforme structurelle n’est engagée rapidement, le système bancaire pourrait entrer dans une phase de contraction du crédit, avec des effets durables sur la croissance et l’inclusion financière. Le défi est désormais de restaurer la confiance sans compromettre la fluidité du financement.

























