À 83 ans, Alassane Ouattara, président de la Côte d’Ivoire depuis 2011, déclare sa candidature pour un quatrième mandat présidentiel. Bien que constitutionnellement justifiée par la réforme de 2016, cette démarche soulève des inquiétudes profondes sur l’état de la démocratie et la culture de l’alternance politique en Afrique.
Depuis plus d’une décennie, Alassane Ouattara est salué pour ses résultats économiques : une croissance stable, des investissements massifs dans les infrastructures et une Côte d’Ivoire redevenue moteur régional. Mais cette longévité au pouvoir interroge : à quel moment l’expérience se transforme-t-elle en monopole ? Et comment préserver l’équilibre entre continuité administrative et renouvellement démocratique?
Ce phénomène n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une dynamique continentale où plusieurs dirigeants – Denis Sassou Nguesso, Paul Biya, Yoweri Museveni – ont prolongé leur règne au-delà des limites initiales par des révisions constitutionnelles ou des interprétations sur mesure. Le pouvoir devient un espace figé, et l’alternance, une exception.
Pendant ce temps, la jeunesse africaine, dynamique et instruite, réclame transparence, gouvernance éthique et participation. La démocratie ne peut être réduite à des élections tenues périodiquement ; elle suppose des institutions robustes, une presse libre, une justice indépendante et surtout, une capacité à passer le flambeau.
Face à ce constat, la candidature d’Alassane Ouattara devient un symbole. Un miroir tendu à l’ensemble des chefs d’État africains. Maintenir le pouvoir ne devrait jamais devenir un objectif en soi, mais un moyen de servir. Se retirer, transmettre, faire confiance à une relève : voilà les véritables actes de grandeur politique.
Ce moment est propice pour une introspection continentale. L’Afrique ne manque ni de talents ni de leaders émergents. Ce qu’elle réclame, c’est un renouveau de ses pratiques démocratiques. Et pour cela, il faut rompre avec le syndrome du pouvoir perpétuel — avant que les urnes ne deviennent de simples rituels et que l’espérance populaire ne cède à la résignation.












































