La sentence est tombée comme un couperet dans l’une des affaires politico-judiciaires les plus explosives de ces dernières années en Guinée équatoriale. Baltasar Ebang Engonga, ancien directeur général de l’Agence nationale d’investigation financière (ANIF) et neveu du président Teodoro Obiang Nguema, a été condamné ce mardi à 18 ans de réclusion criminelle par le tribunal de première instance de Malabo.
Cette lourde peine est la conséquence directe d’un enchaînement de scandales mêlant détournement de fonds, abus de pouvoir et inconduite sexuelle au sommet de l’État. L’ancien haut fonctionnaire a été reconnu coupable du détournement de plus d’un milliard de francs CFA, de blanchiment d’argent et d’enrichissement personnel illicite, dans un pays où plus de 70 % de la population vit encore sous le seuil de pauvreté.
Arrêté en octobre 2024 à la suite de la découverte de centaines de vidéos intimes tournées dans les locaux de l’administration publique – et impliquant parfois les épouses ou filles de hauts responsables. Baltasar Ebang Engonga avait déjà fait l’objet d’une suspension immédiate de toutes ses fonctions. L’affaire avait profondément choqué l’opinion publique, tant par son contenu que par l’indécence de la mise en scène de ces actes, souvent commis dans des bureaux gouvernementaux, sous les emblèmes de la République.
Au cours du procès, le ministère public a mis en évidence un train de vie fastueux alimenté par des fonds publics, ainsi qu’un usage personnel et répétitif des ressources de l’État à des fins privées. Les témoignages de collaborateurs, d’agents financiers et de plusieurs victimes présumées ont pesé lourd dans la balance.
Le verdict rendu inclut :
8 ans de prison pour détournement de fonds publics,
4 ans et 5 mois pour enrichissement illicite,
6 ans et 1 jour pour abus de pouvoir, soit 18 ans de prison ferme, assortis d’une amende équivalente au montant détourné et la confiscation de plusieurs biens immobiliers et véhicules de luxe.
« Cette décision marque un tournant dans la lutte contre l’impunité au sein de notre administration. Nul, quel que soit son rang ou son nom, n’est au-dessus de la loi », a déclaré le procureur de la République à l’issue du jugement.
La condamnation de Baltasar Ebang Engonga, membre influent de la sphère présidentielle, relance les débats sur la gouvernance en Guinée équatoriale. Certains observateurs estiment que cette affaire révèle non seulement une volonté affichée de restaurer l’image de l’État, mais aussi de régler des comptes internes au sommet du pouvoir.
Depuis novembre 2024, plusieurs mesures ont été prises par le gouvernement, notamment l’installation de caméras de surveillance dans les bureaux administratifs, la suspension de fonctionnaires impliqués dans des scandales sexuels et une vaste opération d’assainissement des institutions publiques.
Ce procès retentissant restera sans doute comme un symbole de la décrépitude morale d’une partie de l’élite politico-administrative du pays, mais aussi comme un signal – peut-être – d’un changement de cap. Reste à savoir si la justice équato-guinéenne saura maintenir le cap de l’exemplarité face aux autres figures corrompues de l’appareil d’État.
Par Darlyck Ornel Angwe, journaliste stagiaire


























