Si la justice était un temple, alors il se pourrait que ceux qui en tiennent les clés aient, dans l’affaire HPO, choisi d’y introduire le feu plutôt que la lumière. Et s’il fallait chercher les flammes, elles viendraient peut-être de deux torches mal tenues : celles du Procureur de la République Bruno Obiang Mvé et du Procureur Général Eddy Minang, deux figures majeures d’un édifice judiciaire qui, dans cette affaire, vacillerait sur ses propres fondations.
À y regarder de près, il se pourrait que le cœur du vice se cache dans le calendrier même.
Si la seule plainte recevable dans cette affaire a bien été déposée le 25 novembre 2024, comme l’atteste l’arrêt de la Chambre d’Accusation, comment expliquer que les poursuites aient été déclenchées le 20 novembre, soit cinq jours avant l’existence juridique de la plainte?
Ce décalage ne serait pas anodin : il ouvrirait un gouffre juridique, un abîme de non-sens où l’action publique se serait mise en marche avant même que le moteur légal ne soit en place. Une justice qui poursuit sans plainte, ce serait comme un juge qui condamne sans procès, ou un médecin qui opère sans diagnostic : une imposture maquillée en procédure.
Mais ce ne serait pas tant l’absence de base légale qui choquerait, que le mensonge délibéré qui aurait été orchestré pour en masquer l’évidente illégalité.
Le 13 décembre 2024, Bruno Obiang Mvé a déclaré devant la presse nationale que la plainte avait été déposée le 14 novembre. Or, aucun acte, aucun registre, aucun exploit d’huissier ne viendrait confirmer cette version. Le seul dépôt dûment constaté serait celui du 25 novembre.
Ce serait alors le parjure d’un homme censé incarner la rigueur, mais qui aurait préféré tordre la vérité pour lui faire dire ce que le pouvoir voulait entendre.
Dans le réquisitoire du parquet général, une autre date est évoquée : celle du 19 novembre. Pourtant, là encore, aucune trace au parquet, aucune plainte enregistrée, aucun acte matériel.
Deux dates, deux versions, deux silences administratifs. Ce serait un orchestre judiciaire où chaque instrument joue une partition dissonante.
Dans un État de droit, le parjure est un crime de haute trahison morale. Quand il vient de ceux qui détiennent le pouvoir de poursuite, il ne contaminerait pas simplement une procédure, il souillerait la source même du droit.
Si l’on acceptait cela sans réaction, alors la vérité ne serait plus l’objectif de la justice, mais l’ennemi à abattre. La robe noire, censée incarner la neutralité, deviendrait un costume de théâtre, porté pour convaincre le public, non pour rendre le droit.
Le parjure ne serait alors plus un accident. Il serait une stratégie. Une arme. Un outil de gouvernance par la peur.
Si l’on admettait que toute la structure accusatoire repose sur deux déclarations mensongères, alors la seule conclusion viable serait la mise à mort de la procédure par un non-lieu.
Car comment juger un homme sur la base d’une plainte qui n’existait pas, d’une date fabriquée, d’une parole assermentée devenue arme de manipulation ?
Le non-lieu ne serait plus ici un simple geste judiciaire. Il serait une exigence éthique, un acte de réparation institutionnelle, un baume sur une blessure infligée à la République elle-même.
Si les plus hauts magistrats venaient à travestir la vérité, alors l’indépendance judiciaire ne serait plus qu’un souvenir. La République, elle-même fondée sur l’équilibre des pouvoirs, pourrait se retrouver nue, sans pilier, sans voix, sans repère.
Et si la Cour de Cassation venait à ignorer les deux parjures, elle ne validerait pas simplement une procédure : elle entérinerait l’effondrement d’un socle moral. Elle dirait au monde que le mensonge peut devenir preuve, et le parjure devenir loi.
En définitive, l’affaire HPO, si l’on se fonde sur le seul angle du parjure, ne poserait plus une question de culpabilité individuelle, mais une question de survie pour la justice elle-même.
Deux procureurs auraient menti. Le droit, lui, n’a pas ce luxe.
Et si l’État ne veut pas être tenu pour complice, alors il devrait, en toute logique, faire cesser une procédure née d’un mensonge et entretenue dans l’ombre. Car quand le mensonge entre dans la salle d’audience, la vérité en sort, et avec elle, la confiance des peuples.
Par Darlyck Ornel Angwe, journaliste stagiaire


























