À mi-parcours des cent jours du nouveau gouvernement post-transition, la Coalition pour la nouvelle République (CNR) a livré, ce 26 juin 2025, une déclaration ferme et argumentée dénonçant ce qu’elle qualifie de « dérive inquiétante de la Transition ». Pour les membres de cette coalition patriotique, composée de Vincent Moulengui Boukossou (URDP), Benoît-Joseph Mouity Nzamba (PGP), Francis Hubert Aubame (PSE) et Henri Sène Ingueza (CDJ), la gestion actuelle du pays s’écarte dangereusement des principes annoncés à l’aube du 30 août 2023.
Dès les premières lignes, la CNR rappelle avoir « attiré l’attention du peuple gabonais, du CTRI et de la communauté internationale, sur la dangereuse trajectoire que prenait cette séquence de l’histoire politique ». Loin de restaurer les institutions, comme le promettait le Comité de Transition pour la Restauration des Institutions (CTRI), le gouvernement se serait engagé dans « des programmes de développement sectoriel comme en gestion normale du pays, sans responsabilité ni redevabilité », en violation flagrante de l’article premier de la Charte de la Transition.
Parmi les griefs les plus marquants figure l’opération de déguerpissement de plusieurs quartiers de Libreville. « À peine élu, le Président de la République a ouvert sa mandature par des démolitions humiliantes », s’indigne la CNR. Des familles résidant à Plaine-Oréty, Bas-de-Gué-Gué ou derrière les ambassades de Chine et de Russie ont été brusquement expulsées, leurs biens détruits « sans aucune urgence nationale ni plan de relogement ».
La CNR estime que « toute expropriation pour cause d’utilité publique doit être encadrée et respecter la dignité humaine ». Elle rappelle une procédure claire : définition du périmètre, recensement, évaluation des biens, indemnisation, relogement et sensibilisation. Or, selon la CNR, « l’État a agi avec brutalité et amateurisme, exposant même des élèves en période d’examen à des traumatismes majeurs ». Une « précipitation injustifiée » qui soulève la question de son véritable objectif : « Que cache réellement cette précipitation ? »
Autre dossier majeur : la perte des îles Cocotiers, Conga et Mbanié, au profit de la Guinée équatoriale. Pour la CNR, le silence des autorités est inacceptable. « L’absence d’adresse solennelle à la Nation est une faute politique et une carence dans la posture républicaine du premier citoyen », fustige-t-elle, rappelant que selon l’article 41 alinéa 2 de la Constitution, le chef de l’État est « le garant de l’intégrité du territoire ». La coalition invite à « réexaminer les stratégies diplomatiques et les ressources humaines mobilisées dans ce contentieux », tout en soulignant que l’arrêt de la Cour internationale de Justice « porte les germes de futurs conflits entre États africains ».
La déclaration dénonce également avec force l’exfiltration discrète de la famille d’Ali Bongo, qualifiée d’« extra-judiciaire ». Selon la CNR, cette manœuvre révèle « l’absence de séparation des pouvoirs et une justice aux ordres ». Elle interpelle : « Qui donc avait intérêt à ce qu’il n’y ait pas de procès ? À qui profite cette exfiltration ? » Face à des accusations de haute trahison, « tous les crimes resteront impunis », regrette la coalition.
Le traitement différencié de certains prévenus, comme Lee White ou l’ancien directeur de cabinet d’Ali Bongo, comparé à celui de figures comme Hervé Patrick Opianga ou le Lieutenant Kelly Ondo, renforce, selon la CNR, « l’image d’un État de droit à géométrie variable ». Elle dénonce une République « où la justice devient instrument de persécution ou de protection, selon l’appartenance au pouvoir ou non ».
Face à ce constat accablant, la CNR formule plusieurs recommandations : « réparation des préjudices moraux subis, révision de la méthode de libération des espaces, mise en place d’une Commission Vérité – Justice – Réparation – Pardon – Réconciliation ». Elle appelle aussi à « écouter la voix de la sagesse et non celle de la dictature et de la ruse ».
En conclusion, la CNR affirme son engagement à « continuer à s’ériger en sentinelle de la République » et à défendre « les valeurs de la démocratie, de l’État de droit et de la justice sociale » pour l’ensemble des Gabonais, sans exclusive.


























