Brice Clotaire Oligui Nguema, fraîchement élu président de la transition avec 94,85 % des suffrages, selon les résultats provisoires, a immédiatement relancé la machine de l’État. Pourtant, « la bataille des postes a déjà commencé » (Jeune Afrique), et les appétits s’aiguisent autour de lui. Tandis que la Cour constitutionnelle n’a pas encore validé les résultats, les luttes de pouvoir se multiplient.
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Selon Jeune Afrique, « 94,85 % et autant des problèmes des Gabonais à résoudre en sept ans », a rappelé le président Oligui Nguema, conscient que son écrasante victoire génère des attentes démesurées. Il doit désormais gérer les ambitions croisées des soutiens d’hier : anciens du PDG, figures de l’opposition et membres du CTRI.
« Jusqu’au jour du scrutin, Oligui Nguema a conservé un savant équilibre entre caciques de l’ancien pouvoir, opposants et militaires », mais cet équilibre est aujourd’hui menacé. Parmi les prétendants aux postes stratégiques : Jean-Pierre Oyiba, Jeannot Kalima, Blaise Louembe, mais aussi Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, Brigitte Onkanowa ou Maurice Ntossui Allogo. Tous espèrent une place dans un exécutif annoncé plus restreint.
À cela s’ajoutent les anciens opposants regroupés au sein du Rassemblement des bâtisseurs (RDB), parmi lesquels Mike Jocktane, Paulette Missambo ou Alexandre Barro Chambrier. Ce dernier, actuel numéro deux du gouvernement, pourrait incarner le trait d’union entre l’ancien régime et la nouvelle ère. Pourtant, comme le note Jeune Afrique, « le Palais du bord de mer est désormais cadenassé », les décisions prises en petit comité.
Un autre camp, porté par Anges Kevin Nzigou, coordonnateur du RDB et figure de l’opposition depuis 2016, cristallise les tensions. « S’il accorde sa confiance à des membres du PDG ou trahit ses promesses, la déception sera d’autant plus grande », avertit une source proche de la jeune génération. Aux côtés de Nzigou, des noms comme Elza-Ritchuelle Boukandou ou Marc Ona Essangui appellent à un vrai renouvellement.
Pour tempérer ces querelles, Oligui Nguema a déclaré lors de la levée des couleurs : « Je veux que les choses aillent vite. Oui, il faut des jeunes, de nouveaux visages. Mais l’administration, ce sont des étapes. » Il a aussi lancé : « Je suis un homme qui sait mener un bateau à bon port, avec les meilleurs marins, qu’ils soient vieux ou jeunes ».
L’incertitude reste totale sur l’appareil politique qui portera son action. Trois structures sont en lice : le RDB de Nzigou, le LRB de Guy-Bertrand Mapangou et la Pensée patriotique, impulsée par son demi-frère Aurélien Mintsa Mi Nguema. « Celui qui peut dire aujourd’hui qui du RDB, du LRB ou de la Pensée patriotique servira d’appareil politique… est un menteur », analyse une source présidentielle.
Les équilibres ethniques pèsent également. « Oligui Nguema ne peut pas nommer un Fang du Woleu-Ntem, un Téké ou un Obamba du Haut-Ogooué à ses côtés alors qu’il est issu de ces deux provinces », note Jeune Afrique. Il lui faut donc un Myéné de l’Estuaire pour contrebalancer.
Dans ce contexte effervescent, les manœuvres s’intensifient, chacun espérant trouver sa place dans le « nouveau Gabon » promis par le Général Oligui. Certains sont allés faire des bains chez des tradi praticiens quand d’autres ont visité des pasteurs, les prêtres ou les prophètes.

























