Dans les coffres scellés de la République, un trésor sommeille. L’hôtel particulier Pozzo di Borgo, perle architecturale nichée au cœur du 7ᵉ arrondissement de Paris, pourrait rapporter à l’État gabonais une manne de plus de 130 milliards de FCFA. Un pactole potentiel, fruit d’un investissement qui, pour l’heure, s’est mué en passif budgétaire.
Acquis en 2010 sous la présidence d’Ali Bongo Ondimba pour abriter l’ambassade du Gabon en France, ce bien de prestige n’a jamais franchi le seuil de sa vocation diplomatique. Resté vide, il s’est transformé en gouffre financier, avalant des fonds publics sans rendement. Une acquisition luxueuse devenue actif toxique, grevant les comptes d’un État déjà sous tension.
En 2023, sous l’impulsion du président de la transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, les autorités ont ressorti ce dossier des oubliettes. Objectif : liquider l’actif, réinjecter les fruits de la vente dans des secteurs plus fertiles. Mais le chemin de la rentabilisation se heurte à un obstacle de taille : un litige juridique opposant le Gabon à l’homme d’affaires français Frédéric Bérenger, fondateur de la société KCI (Kontinental Conseil Ingénierie).
Bérenger réclame une créance de 26 milliards FCFA, issue de la rupture d’un contrat de construction datant de 2012. Le contentieux, loin d’être symbolique, entrave toute tentative de vente. Des pourparlers ont bien eu lieu, parfois jusqu’au plus haut sommet de l’État, mais aucune issue n’a pour l’instant été négociée.
Dans les coulisses, la Banque Rothschild aurait été discrètement sollicitée pour orchestrer la vente, avec la participation du sénateur français Yves Pozzo di Borgo, ajoutant à ce casse-tête financier une dimension diplomatique et politique délicate.
Ironie ou stratégie, malgré ce bras de fer juridique, KCI ne ferme pas la porte à un retour sur le marché gabonais, à condition d’un règlement équitable.
Ce dossier illustre, dans toute sa complexité, les défis du Gabon en transition, qui tente de transformer un fardeau patrimonial en levier financier d’une valeur de 130 milliards de FCFA. Entre litiges hérités du passé et perspectives de gain, l’affaire Pozzo di Borgo cristallise l’art difficile de faire fructifier l’inertie.


























