L’ombre des barreaux n’efface pas les injustices, elle les prolonge. Et lorsque la justice devient source de douleur, c’est tout l’État de droit qui chancelle. Maman Brigitte, l’une des doyennes de la prison centrale de Libreville, a enfin recouvré la liberté il y a environ deux semaines . Incarcérée le 12 avril 2014, cette femme, surnommée affectueusement par ses codétenus, a passé onze longues années dans l’attente d’un procès qui n’est jamais venu. Onze années de silence institutionnel, comme un cri étouffé dans les couloirs d’une justice dévoyée.
Aucun motif officiel ne vient éclairer l’opinion publique sur les raisons de cette incarcération prolongée. Ce vide juridique, aussi bruyant qu’un tonnerre muet, interroge le respect des droits humains en République gabonaise. Car comment justifier, dans un État se réclamant de droit, qu’une femme, Maman Brigitte, demeure enfermée plus d’une décennie sans jugement ? L’arbitraire ici ne se cache plus, il parade.
Sous d’autres latitudes, une telle aberration aurait suffi à déclencher une plainte contre l’État pour détention abusive. Là-bas, la justice rend des comptes. Ici, elle semble parfois les éviter. La libération de Maman Brigitte n’est que la part visible d’un iceberg carcéral aux contours flous, aux douleurs profondes.
Sa remise en liberté est due à la commission chargée de statuer sur les cas litigieux, présidée par l’avocat général Luciane Akouma. Composée de six magistrats, cette cellule de veille juridique a permis aussi la libération d’une centaine d’autres détenus. Une lueur d’espoir dans les ténèbres d’un système pénitentiaire engorgé, où les âmes croupissent et l’oubli règne.
Le cas d’Armand Penda, détenu pendant plus de vingt ans sans procès, illustre également l’ampleur du naufrage. Et pourtant, ces exemples ne représentent qu’un mince échantillon des abus systémiques qui gangrènent la prison centrale du Gros-Bouquet.
Aujourd’hui, plus que jamais, il est urgent de repenser la justice, de briser les chaînes de l’indifférence et de faire de la dignité humaine le socle de toute politique carcérale. Car chaque jour passé en prison sans jugement est un jour arraché à la justice.











































