Tel un magistrat implacable face aux incohérences du pouvoir, Jean-Rémy Yama rend son verdict sans appel à l’égard du président Oligui Nguema : la transition gabonaise, loin d’être une parenthèse démocratique, semble désormais s’enliser dans l’ombre d’une ambition personnelle.
Dans un entretien accordé à RFI le 13 février 2025, l’ancien prisonnier politique, aujourd’hui sénateur, refuse tout compromis. Face à une possible candidature du général Brice Oligui Nguema à l’élection présidentielle du 12 avril prochain, il exhorte ce dernier à suivre l’exemple d’Amadou Toumani Touré au Mali : céder la place après un an, conformément aux engagements initiaux.
« Je corrige la copie de Brice Oligui Nguema comme j’ai corrigé celle d’Ali Bongo »
Lorsqu’il évoque son opposition à la nouvelle Constitution, Jean-Rémy Yama ne mâche pas ses mots. La même rigueur qui l’animait contre Ali Bongo demeure intacte face à Brice Oligui Nguema :
« Ce n’est pas parce que j’ai été libéré que je vais perdre mes convictions ou ma dignité. »
Il fustige un texte marqué par des lacunes profondes, notamment sur la séparation des pouvoirs. L’arrestation arbitraire d’un activiste pour une simple publication vidéo illustre, selon lui, l’emprise persistante du politique sur la justice, réduite à un instrument du pouvoir plutôt qu’un pilier de l’État de droit.
« Le code électoral permet à un militaire en tenue d’être candidat, c’est inacceptable »
Jean-Rémy Yama dénonce avec force un code électoral qu’il juge taillé sur mesure pour légitimer la candidature du chef de la transition.
« Il avait promis de rendre le pouvoir aux civils. Je regrette qu’il ne tienne pas cette parole. »
À ses yeux, permettre à un militaire en fonction de briguer la magistrature suprême constitue une dérive inacceptable.
Par ailleurs, il observe avec inquiétude le retour en scène des anciens soutiens d’Ali Bongo, désormais convertis en fervents défenseurs de Brice Oligui Nguema.
« Ce sont les mêmes acteurs qui faisaient campagne pour Ali Bongo en 2016. Aujourd’hui, ils se rangent derrière Oligui Nguema. »
Un cercle vicieux où les visages changent, mais les méthodes demeurent.
« Brice Oligui Nguema aurait dû se retirer après un an, comme Amadou Toumani Touré au Mali »
Pour Jean-Rémy Yama, la transition aurait dû être brève et exemplaire. Six mois auraient suffi pour poser les bases d’un retour à l’ordre constitutionnel.
« Peut-être que plus tard, le peuple serait venu le chercher, comme cela a été le cas pour ATT au Mali. »
Mais le temps joue contre Brice Oligui Nguema. Si le « oui » l’a emporté au référendum constitutionnel de novembre, la popularité du général s’effrite, rongée par une crise économique et sociale qui nourrit la désillusion.
Jean-Rémy Yama candidat à la présidentielle ?
À l’approche du scrutin, l’hypothèse d’une candidature de Jean-Rémy Yama plane. Pourtant, l’intéressé refuse encore de se prononcer :
« Aucun parti n’a encore annoncé officiellement de candidat. Je prends les choses au fur et à mesure. »
Alors que la fracture entre pouvoir et opposition s’élargit, l’élection du 12 avril s’annonce comme un moment décisif. Transition démocratique ou confiscation du pouvoir ? La réponse appartient désormais au peuple gabonais.


























