Le 8 octobre 2023, lors de sa conférence de presse, Mike Jocktane, président du parti Gabon Nouveau, a exprimé des préoccupations majeures quant au processus de transition politique actuel au Gabon, à l’approche du référendum sur la nouvelle Constitution. Sa prise de parole a permis de souligner plusieurs enjeux cruciaux pour l’avenir politique et institutionnel du pays.
Tout d’abord, Jocktane a rappelé la « victoire de l’Alternance 2023 », qualifiée de succès collectif pour les Gabonais. Il met en garde contre des tentatives de manipulation électorale, qu’il considère comme des menaces pesant sur la démocratie. Citant Franklin D. Roosevelt, il réitère l’importance de protéger la « liberté conquise » face aux dérives potentielles. À ses yeux, la réussite de la transition repose sur l’adoption d’une Constitution véritablement démocratique et inclusive.
Cependant, Jocktane critique ouvertement le processus de rédaction de la nouvelle Constitution, qu’il juge opaque et excluant. Il dénonce un manque de transparence dans la sélection des députés et sénateurs par le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI), estimant que la légitimité du texte en est altérée. « Ce qui est fait pour nous, sans nous, est fait contre nous », martèle-t-il, empruntant une célèbre citation de Nelson Mandela pour souligner l’importance d’une démarche inclusive.
Sur des articles spécifiques, Jocktane soulève plusieurs inquiétudes. Il s’attaque à l’article 13, qui autorise l’accès des étrangers à la propriété foncière via des sociétés, craignant des répercussions négatives pour l’économie nationale et la création d’inégalités. Quant à l’article 21, qui impose un service militaire obligatoire, il plaide pour d’autres moyens, tels que l’éducation civique, afin de promouvoir l’attachement à la patrie, sans porter atteinte aux libertés individuelles. L’article 41, quant à lui, est rejeté fermement par Jocktane. Celui-ci propose de commémorer un coup d’État comme fête nationale, une idée jugée dangereuse par l’orateur, car elle pourrait légitimer des pratiques contraires à la démocratie.
Il critique également les articles 190 et 191, relatifs aux dispositions transitoires, arguant que la Charte de la Transition, issue d’une situation exceptionnelle, ne devrait pas avoir le même poids qu’une Constitution légitimée par un vote libre. Pour Jocktane, une telle démarche risque de compromettre la stabilité et la pérennité du texte fondamental.

L’article 192 suscite aussi son indignation, car il prévoit la reconnaissance des acteurs de la transition dans la Constitution. Jocktane juge cela « inadéquat et risqué », considérant qu’une Constitution doit garantir l’avenir démocratique du pays et non légitimer des actions passées qui pourraient encourager des comportements contraires aux valeurs de justice et de démocratie.
En ce qui concerne les articles 64 et 76, l’orateur s’inquiète de la centralisation excessive du pouvoir présidentiel qu’ils instaurent. Selon lui, cette concentration des pouvoirs pourrait entraîner des dérives autoritaires, menaçant la pluralité et la démocratie gabonaises.
Face à ces enjeux, Mike Jocktane appelle à un dialogue inclusif et à une révision de la Constitution qui reflète les aspirations du peuple. Il exhorte les autorités à adopter une approche sage et participative pour bâtir un avenir démocratique solide, respectueux des valeurs nationales.

























