Actes de xénophobie en Afrique du Sud- La circulation sur les réseaux sociaux de plusieurs vidéos montrant des ressortissants étrangers harcelés, intimidés et agressés physiquement par des groupes de vigilantes sud-africains a provoqué une vive réaction diplomatique. L’une de ces séquences, impliquant un résident légal ghanéen sommé de prouver sa régularité avant d’être enjoint de quitter le pays, a particulièrement scandalisé Accra.
Le Haut-commissariat du Ghana en Afrique du Sud a rapidement réagi en publiant une vidéo de son envoyé Benjamin Quashie rendant visite à la victime pour lui apporter son soutien officiel.
Accra hausse le ton et convoque Pretoria
Face à ces images, le Ghana a choisi la voie diplomatique. Le ministre des Affaires étrangères Samuel Okudzeto Ablakwa a convoqué le haut-commissaire sud-africain par intérim, Thando Dalamba, pour lui signifier les préoccupations d’Accra concernant les actes d’intimidation et de harcèlement visant des ressortissants étrangers, dont des Ghanéens.
Le Ghana a rappelé que des épisodes similaires avaient causé par le passé des pertes humaines et des destructions de biens. Le chef de la diplomatie ghanéenne a également contacté directement son homologue sud-africain Ronald Lamola, qui a promis d’ouvrir une enquête et exprimé sa solidarité envers les victimes.
Pretoria condamne et promet des poursuites judiciaires
La réponse des autorités sud-africaines a été ferme sur le plan du discours. Le ministre par intérim de la Police, Firoz Cachalia, a condamné ces actes comme contraires à la loi et incompatibles avec les principes de dignité, d’égalité et de droits humains qui fondent la démocratie sud-africaine.
Il a averti que nul individu ni groupe n’avait le droit de se faire justice lui-même, promettant que les responsables seraient identifiés, arrêtés et traduits en justice. Ces déclarations interviennent alors que de nouvelles manifestations anti-immigration étaient programmées à Durban et à Pretoria dans les jours suivants.
Des mouvements organisés derrière les violences
Ces rassemblements sont largement orchestrés par des mouvements structurés comme Operation Dudula, dont le nom signifie « expulser » en zoulou, ou March on March. Ces groupes accusent les migrants d’aggraver le chômage et les tensions sociales du pays. Lors d’une marche à Durban, des participants ont été filmés en train d’agresser violemment un homme suspecté d’être en situation irrégulière.
Un fléau récurrent malgré des condamnations répétées
La xénophobie constitue une crise structurelle en Afrique du Sud. La vague la plus meurtrière des vingt dernières années avait fait 62 morts en 2008, suivie de flambées violentes en 2015, 2016 et 2019.
Première économie du continent, le pays attire de nombreux travailleurs étrangers malgré un taux de chômage atteignant 32 %. Plus de trois millions d’étrangers y résident officiellement, soit environ 5 % de la population, auxquels s’ajoutent de nombreux sans-papiers venus du Zimbabwe, du Mozambique, du Lesotho ou du Nigeria.


























