Le 27 septembre 2025, alors que les électeurs de Ntoum s’apprêtaient à sceller le destin de leurs représentants, une candidate semblait incarner l’assurance tranquille de la victoire. Camélia Ntoutoume Leclercq, figure du Parti démocratique gabonais (PDG) et favorite du 1er arrondissement, avait mené campagne avec l’énergie du devoir et la foi du juste. Elle croyait pouvoir l’emporter dès le premier tour. Mais le ciel politique, capricieux et orageux, lui réservait un tout autre scénario : celui d’un acharnement sans répit, d’un combat où la misogynie se mêle à la manœuvre.
Dès l’aube du scrutin, les murmures se sont faits grondements. Ses adversaires, coalisés dans une étrange alliance, ont trouvé mille prétextes pour contester son avance. L’élection, d’abord promise à la clarté, s’est vue reportée sous des motifs fallacieux. « Une femme ne doit pas diriger le village », aurait lâché Elfox Loyola Mbina, l’un de ses plus farouches adversaires, dans un élan de mépris qui suinte le machisme d’un autre âge. Derrière cette phrase, se cache tout un système : celui d’hommes qui redoutent la compétence lorsqu’elle porte jupe et tailleur.
Mais qui donc Camélia Ntoutoume Leclercq dérange-t-elle pour mériter tant de foudre ? À Ntoum, certains dossiers politiques semblent se jouer dans les coulisses plus qu’aux urnes. Trois scrutins en un seul cycle électoral : voilà le supplice qu’a dû endurer la ministre d’État à l’Éducation nationale. Pendant que d’autres candidats célébraient leurs victoires dès le 27 septembre, elle, devait reprendre son bâton de pèlerine. Un report d’élection, chacun le sait, coûte en argent, en temps et en énergie. Pourtant, Camélia Ntoutoume Leclercq a tenu bon, telle une flamme refusant de s’éteindre sous la pluie des intrigues.
Selon plusieurs confidences recueillies dans les couloirs politiques de Ntoum, cette cabale aurait été orchestrée par Aurélien Mintsa Mi Nguema, trésorier de l’Union pour démocratique des bâtisseurs (UDB). À ses côtés, Elfox Loyola Mbina aurait joué le rôle du porte-voix, distillant ses propos misogynes pour saper la crédibilité de sa rivale. Dans un message parvenu à Gabon Mail Infos, il aurait estimé que « Camélia Ntoutoume Leclercq n’est pas à sa place, ni au village, ni au ministère ». Une phrase qui trahit plus qu’un simple désaccord politique : un refus de voir une femme incarner l’autorité et la réussite.
Le 11 octobre, l’élection fut de nouveau organisée, mais le scénario demeura identique : la coalition adverse redoublant d’efforts pour ternir son image. Les manœuvres souterraines prirent des airs de vendetta. Les urnes, censées parler pour le peuple, semblaient murmurées par des intérêts plus sombres. Et lorsque Camélia Ntoutoume Leclercq appela à la transparence, ses interpellations demeurèrent sans réponse, comme si une main invisible avait verrouillé les issues de la vérité.
« Tout report d’élection est un poison lent », confie un proche de la candidate. Ce poison, distillé à petites doses, ronge la confiance, épuise les troupes, et éteint la ferveur populaire. Pourtant, elle persiste. Le samedi prochain, pour la troisième fois, la ministre d’État retournera devant les urnes. Trois élections pour un seul siège : jamais dans l’histoire récente de Ntoum une telle obstination institutionnelle n’avait été observée. L’acharnement prend ici des allures de persécution.
Mais derrière la tempête politique se cache une autre réalité : celle d’une ministre dont les obligations gouvernementales ont dû s’adapter à ce marathon électoral. Son engagement sur le terrain a momentanément ralenti les chantiers de l’Éducation nationale, tant elle devait jongler entre les salles de classe et les estrades de campagne. Chaque signature, chaque audience, chaque déplacement officiel semblait devoir passer par le prisme de cette épreuve électorale interminable. L’État lui-même, par ricochet, en subissait les contrecoups.
Car en s’acharnant sur la femme, c’est aussi sur l’institution qu’on frappe. En tentant de la fragiliser politiquement, ses détracteurs ont oublié que sa fonction dépasse sa personne. Elle incarne cette génération de femmes d’État qui refusent de plier sous le poids du patriarcat politique. C’est peut-être cela, le vrai scandale : une femme qui dérange parce qu’elle réussit.
Ce troisième tour, prévu pour le week-end, sonne comme une épreuve de vérité. Camélia Ntoutoume Leclercq ne lutte plus seulement pour un siège, mais pour le symbole d’une résistance. À travers elle, c’est la voix de toutes celles qu’on veut réduire au silence qui se fait entendre. Si ses adversaires pensaient la décourager, ils l’auront au contraire transformée en figure de résilience.
Au fond, ce n’est plus une bataille électorale : c’est un bras de fer entre deux visions du Gabon. Celle du passé, où les femmes devaient se taire, et celle de l’avenir, où elles osent gouverner. Et dans cette arène politique où les coups pleuvent plus fort que les votes, Camélia Ntoutoume Leclercq reste debout, l’œil ferme, le verbe clair, défiant le vent de la misogynie et les vagues de l’acharnement.









































