Comme un fleuve de luxe coulant sans retenue, les dépenses mensuelles de Sylvia Bongo auraient atteint des sommets qui défient l’entendement. À la barre de la Cour judiciaire criminelle spéciale de Libreville, ce mardi 11 novembre, le témoin Kim Oum a levé un pan du voile sur ce qu’il décrit comme une véritable hémorragie de deniers publics, aspirés par les caprices vestimentaires et joailliers de l’ancienne première dame. Selon lui, plus de 2 milliards de FCFA s’évaporaient chaque mois dans cet océan d’extravagances, comme si l’argent du Trésor n’était qu’une fontaine intarissable.
Pour étayer ses révélations, l’homme, longtemps considéré comme l’ombre discrète et docile de Sylvia Aimée Marie Valentin épouse Bongo, a rappelé les dépositions livrées durant l’instruction : « Elle dépensait plus de 4 millions d’euros par mois », a-t-il répété devant les juges, comme pour souligner l’ampleur d’une dérive luxueuse devenue presque mécanique.
Ancien homme à tout faire de l’ex-première Dame, Kim Oum a aussi décrit un autre versant de cette gestion fantasmagorique : l’usage de deux avions privés, propriétés du clan, qui auraient été loués à l’État à coups de centaines de millions. Telle une maison de miroirs où chaque reflet renvoie à une nouvelle distorsion, il affirme que l’argent provenait directement du Trésor public, sous la supervision de Yann Koubdje, alors Directeur général de la comptabilité publique et du trésor.
Employé de la famille Bongo depuis 2009, rémunéré à 2 millions de FCFA, Kim Oum a vu son salaire subitement grimper à 10 millions en 2023, comme si cette soudaine générosité devait sceller un pacte de loyauté. Arrêté le 30 août 2023 avec des mallettes remplies de milliards de FCFA, le témoin affirme également que 500 millions de FCFA auraient été prélevés du Trésor afin de corrompre certains membres du Centre gabonais des élections, tandis que 80 milliards auraient été engloutis dans la campagne présidentielle de 2023.

Plus troublante encore, la description de l’achat d’une luxueuse résidence londonienne, trônant telle un palais enchâssé dans l’élégance britannique. La villa, acquise au nom de Sylvia Bongo, aurait coûté plus de 44 milliards de FCFA, montant qui résonne comme un écho saisissant à l’ampleur des dérives dénoncées.
Autre témoignage, celui de Jordan Camuset, qui affirme avoir été contraint de signer des documents attribuant à l’ex-première dame la Zone économique à régime privilégié de Nkok, vaste territoire de 100 hectares estimé à plus de 60 milliards. Une scène qu’il décrit comme un théâtre où l’on dictait les actes et où lui n’était qu’un figurant forcé.
Ces audiences, entamées lundi et conclues mardi, ont livré un chapelet de révélations glaçantes. Alors que les avocats de l’État poursuivent leurs plaidoiries, le verdict pourrait tomber d’un instant à l’autre. Jugés par contumace et installés à Londres, Nourredin et Sylvia Bongo risquent la réclusion criminelle à perpétuité.











































