Au Gabon, Sylvère Boussamba refuse d’attendre les talents du numérique. Il préfère bâtir le terrain où ils germent. Ce Gabonais a appris à coder à 11 ans, en grande partie seul. Il offre à d’autres jeunes ce qui lui a manqué.
En 2022, il confiait à Africa News Agency. « Il y a 700 000 développeurs en Afrique, il en faudrait 4 millions. » Face à ce gouffre, il a choisi d’agir.
La carrière de Sylvère Boussamba débute en 1996. Il traverse l’opérateur Zain, puis Airtel, où il dirige l’informatique au Gabon. Ensuite, il pilote les opérations et l’innovation à Airtel RDC, selon We Are Tech.
En 2013, il fonde à Libreville Ogooué Labs. Cette ONG réunit un espace de coworking, un accélérateur et une école de codage. Son credo, confié à CIO Mag en 2021, sonne comme un manifeste. « 70% de la réussite des entrepreneurs dépend de la présence d’un écosystème favorable. »
L’École 241, première pierre de l’édifice
Il commence donc par les compétences. L’École 241 ouvre le 27 novembre 2018, gratuite. Elle retient 44 apprenants parmi plus de 1 000 candidats. L’Ambassade de France et l’OIF soutiennent cette première promotion.
Les résultats suivent. Ogooué Labs annonçait des taux d’insertion de 98% en 2019 et de 99% en 2020. En 2021, une convention de trois ans avec la CNAMGS élargit l’accès. Elle ouvre la formation aux jeunes de 16 à 25 ans économiquement fragiles. Ensuite, le O’lo hub installe des apprenants au cœur d’entreprises, dont la microfinance Bamboo.
Start X 241 : ouvrir le marché aux entrepreneurs
Le second obstacle reste le marché. Cofina finance Start X 241 en 2020, à hauteur de 250 millions de FCFA. Le programme retient dix start-up francophones parmi 277 candidates. Vingt entrepreneurs gabonais, choisis parmi plus de 600, les rejoignent.
Le mécanisme surprend. Pas de filiale à créer : un simple contrat de partenariat suffit. Les entrepreneurs locaux revendent chaque innovation dans les onze pays de la CEEAC. Cela représente près de 200 millions de consommateurs. Il veut ainsi « changer la donne ».
Qwasar, Institut 80 : le changement d’échelle
Puis vient l’échelle supérieure. En 2022, il lance au Gabon l’université en ligne Qwasar Silicon Valley, à 1 500 000 FCFA l’année. Un prêt étudiant, adossé à une promesse d’embauche, allège la facture. En 2024, il fixe un cap : initier un million de Gabonais au numérique d’ici 2034.
En 2026, l’édifice se structure. Ogooué Labs annonce l’Institut 80, agréé par l’État gabonais, avec diplôme d’État à la clé. Parallèlement, l’École 241 reçoit le prix du développement des talents aux Procom Awards. La structure revendique plus de 1 000 jeunes formés et un taux de placement supérieur à 85%.
Former avant de réclamer : la leçon Boussamba
Sylvère Boussamba ne cherche pas les talents de l’Afrique. Il leur construit « l’école, le réseau et le marché dont ils ont besoin pour exister ». Là où beaucoup attendent, il a choisi de semer.
Là où beaucoup attendent que les talents apparaissent, Boussamba forme les siens. C’est sans doute son plus beau talent : bâtir ce qui manque avant de le réclamer. Ainsi, le Gabon voit se dessiner un horizon clair : un million de jeunes formés d’ici 2034.












































