Tribune – Mars 2026, Steeve Yondzi, président du Cercle de Réflexion Afrique Dignité- Soixante-six ans après son indépendance proclamée, le Gabon demeure prisonnier d’un système néocolonial. Derrière les discours officiels, la réalité est celle d’une souveraineté confisquée, où la France conserve un rôle central dans la politique, l’économie et la sécurité du pays.
Une indépendance sous tutelle
Le 17 août 1960, le Gabon accède à l’indépendance. Mais cette indépendance n’est qu’une illusion. Comme l’a montré François-Xavier Verschave dans La Françafrique (1998), « la décolonisation fut une mise en scène », une continuité sous un autre nom. La Communauté française créée en 1958 s’est muée en France-Afrique, perpétuant la dépendance.
Le néocolonialisme institutionnalisé
Les accords de coopération signés avec Paris ont instauré un néocolonialisme assumé. L’économiste Joseph Tonda écrivait en 2005 que ces accords « reconduisent la dépendance structurelle » et empêchent l’émergence d’une autonomie réelle. Le Gabon reste une colonie d’exploitation, ses richesses captées au profit de l’ancienne puissance coloniale.
Le piège du franc CFA
Créé en 1945, le franc CFA demeure l’instrument le plus visible de cette vassalité. Selon Kako Nubukpo (Sortir l’Afrique du piège du franc CFA, 2016), cette monnaie est « un instrument de domination économique et politique ». Elle garantit à la France l’exportation des matières premières gabonaises, tout en sécurisant son budget grâce aux réserves de change centralisées.
Une présence militaire persistante
Depuis les années 1960, Libreville accueille une base militaire française. Officiellement, il s’agit de coopération sécuritaire. En réalité, cette présence rappelle une occupation. La France, qui avait rejeté l’armée américaine sur son sol après 1945, impose au Gabon un système militaire et monétaire comparable à celui que l’Allemagne nazie lui avait infligé.
Une souveraineté de façade
Les dirigeants gabonais, loin d’être libres, restent sous l’onction du pouvoir français. Les opposants eux-mêmes deviennent une variable d’ajustement, cherchant l’appui de Paris avant chaque élection présidentielle. La souveraineté gabonaise est un théâtre, où les acteurs locaux jouent sous la direction d’un metteur en scène étranger.
Vers une souveraineté réelle
Pour que le Gabon s’appartienne enfin, trois voies s’imposent :
Rompre avec le franc CFA et instaurer une monnaie nationale ou régionale.
Diversifier l’économie au-delà du pétrole et du bois, en investissant dans l’agriculture et les nouvelles technologies.
Renforcer les alliances régionales, afin de bâtir une solidarité panafricaine capable de réduire la dépendance vis-à-vis des puissances extérieures.
Conclusion
Le Gabon ne s’appartient pas encore. Mais il peut choisir de s’appartenir demain. Cela exige du courage politique, une volonté populaire et une redéfinition des rapports de force. Comme le disait Thomas Sankara en 1987 :
« L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas qu’on s’apitoie sur son sort. »

























