Invité de l’émission « Le gouvernement s’exprime » sur la chaîne publique Gabon 24, le 23 février 2026, le ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, Philippe Tonangoye, a jeté un pavé dans la mare électrique gabonaise. D’un ton grave, il a levé le voile sur une hémorragie silencieuse qui saigne les finances de la Société d’énergie et d’eau du Gabon, la SEEG, déjà fragilisée par des infrastructures vieillissantes et une demande en constante progression.
Au cœur de son propos, un chiffre claque comme un coup de fouet : près de 3 000 branchements directs recensés en 2026, précisément 2 887. Autant d’abonnés officiellement enregistrés qui consommeraient l’électricité comme on respire l’air, sans jamais passer par la caisse. « Les Gabonais ne paient pas leurs factures », a martelé le ministre, chiffres en bandoulière, dessinant le portrait d’un civisme électrique en lambeaux.
Cette fraude massive agit comme un poison lent. Moins de recettes, c’est moins de moyens pour entretenir les centrales, réparer les lignes fatiguées et étendre le réseau vers les zones encore plongées dans l’obscurité. Le courant se fait alors capricieux, les délestages deviennent la norme et les abonnés de bonne foi paient, au sens propre comme au figuré, pour les dérives des autres. Un cercle vicieux, semblable à un engrenage rouillé, qui grince à chaque coupure.
Conscient de la colère qui gronde dans les foyers, l’État reconnaît des failles techniques et structurelles. Mais le discours officiel évolue : l’heure n’est plus seulement aux excuses, elle est à la fermeté. Des opérations de contrôle et de régularisation, qualifiées en coulisses de véritables coups de poing, seraient en préparation afin de traquer les raccordements illégaux et assainir un réseau sous perfusion.
Reste cependant une zone d’ombre. La responsabilité de la situation de la SEEG peut-elle peser uniquement sur les épaules des consommateurs ? Factures jugées opaques, pannes à répétition, service perçu comme imprévisible : nombre d’usagers dénoncent une relation de défiance avec le service public. Entre incivisme et gouvernance perfectible, la crise énergétique gabonaise ressemble à un miroir brisé où chacun renvoie la faute à l’autre. Une certitude demeure : sans discipline collective et sans gestion rigoureuse, la lumière continuera de vaciller. Dans ce combat pour l’énergie, la vérité se situe sans doute à mi-chemin, entre devoir citoyen et réforme structurelle, car l’électricité, bien commun par excellence, ne peut durablement éclairer un pays plongé dans l’indiscipline, l’improvisation et la défiance réciproque persistantes et coûteuses.


























