Dans un libre propos adressé à la Rédaction de Gabon Mail Infos, Prime Boungou Oboumadzogo Doctorant en administration des affaires et consultant en communication examine la défiance croissante entre l’État et les citoyens gabonais, liée aux choix politiques, à l’insécurité, au coût de la vie et à la fiscalité, et appelle à transparence, responsabilité, justice et actions concrètes.
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Depuis plusieurs mois, un doute s’installe progressivement dans l’esprit de nombreux Gabonais. Ce doute ne traduit ni un rejet de l’État ni une opposition de principe à l’autorité. Il révèle plutôt une inquiétude grandissante face à certaines décisions publiques, à des signaux contradictoires et à une gouvernance qui peine parfois à parler avec clarté et cohérence.
La confiance entre l’État et le peuple est un capital fragile. Lorsqu’elle s’érode, ce sont les fondements mêmes de l’action publique qui vacillent. Pourtant, cette confiance peut être reconstruite, à condition que l’État accepte de corriger ses méthodes et de recentrer son action sur l’essentiel.
Les nominations aux postes de responsabilité constituent l’un des premiers langages de l’État. Elles traduisent une vision, une orientation et surtout le sens réel du changement attendu.
Le retour de certaines figures associées à l’ancien régime, même justifié par l’expérience ou la compétence, est perçu par une partie de la population comme un signal de continuité là où une rupture était espérée. Le peuple ne juge pas uniquement les capacités techniques ; il juge aussi les symboles.
Reconstruire la confiance suppose de privilégier clairement la compétence, l’intégrité et le renouvellement, mais aussi d’expliquer publiquement les choix sensibles. La transparence n’affaiblit pas l’autorité de l’État, elle la renforce. Lire aussi : Le management toxique, un mal silencieux dans l’administration publique gabonaise
L’insécurité demeure l’une des préoccupations majeures des Gabonais. Vols, agressions, violences, mais aussi la persistance des crimes rituels créent un climat de peur et de traumatisme collectif.
Ces crimes ne peuvent être traités comme de simples faits divers. Ils touchent à la dignité humaine et à la capacité même de l’État à protéger ses citoyens. Lorsqu’ils ne sont pas combattus avec fermeté, clarté et justice, ils nourrissent un sentiment d’impunité et d’abandon.
Reconstruire la confiance à l’égard de l’État impose une réponse visible et déterminée : présence effective des forces de sécurité, enquêtes sérieuses, justice ferme et équitable, actions de prévention et de protection des populations. Un État protecteur est un État crédible.
L’inflation des prix pèse lourdement sur les ménages. Produits de première nécessitée, transport, logement, le coût de la vie augmente alors que les revenus stagnent.
Lorsque le quotidien devient un combat, la parole publique perd de sa portée. Les citoyens n’attendent pas des annonces spectaculaires, mais des décisions concrètes : contrôle effectif des prix, lutte contre les abus, soutien réel à la production locale. La confiance se construit dans la vie quotidienne, pas dans les discours.
Au-delà de la pression fiscale elle-même, c’est la mauvaise communication autour des nouvelles taxes qui alimente aujourd’hui la confusion et le doute. Les mesures se multiplient, souvent mal expliquées, parfois perçues comme contradictoires.
Cette situation crée une incompréhension généralisée, nourrit les rumeurs et fragilise la crédibilité de l’État. La fiscalité, lorsqu’elle n’est pas accompagnée de pédagogie, devient source de rejet.
L’État doit expliquer clairement chaque mesure, justifier son utilité, préciser sa durée et montrer concrètement à quoi servent les ressources collectées. La clarté fiscale est une condition essentielle de la confiance citoyenne.
La défiance actuelle traduit aussi un besoin de responsabilité politique. Gouverner, ce n’est pas seulement décider ; c’est expliquer, rendre compte et corriger lorsque cela est nécessaire.
Un État qui reconnaît ses limites et ajuste ses politiques inspire davantage de respect qu’un État qui nie l’évidence. La recevabilité n’est pas une faiblesse, c’est une force démocratique.
La Cinquième République ne pourra s’inscrire durablement que si elle parvient à retisser un lien de confiance solide entre l’État et le peuple gabonais. Cette confiance ne se décrète pas. Elle se reconstruit par des choix cohérents, des symboles clairs, une communication honnête et une action publique tournée vers les réalités vécues.
Le peuple gabonais n’attend pas l’impossible.
Il attend un État protecteur, responsable, compréhensible et fidèle à l’esprit du changement.
Prime BOUNGOU OBOUMADZOGO
Doctorant en administration des affaires
EMBA, auteur, essayiste
Consultant en communication


























