Dans le département de la Louetsi-Wano, ce lundi matin, l’école primaire de Mouyamba ouvre comme à son habitude. Les portes grincent, les salles sont propres, les tableaux soigneusement effacés. Deux enseignants, affectés par le ministère, sont présents, prêts à accueillir leurs élèves. Mais à l’heure de l’appel, un silence lourd remplace les voix d’enfants. À Mouyamba, l’école existe bel et bien. Ce qui manque, ce sont les élèves.
Le paradoxe est saisissant : un établissement en bon état, du personnel qualifié, du matériel disponible… mais aucune classe à faire comme rapporté par nos confrères de Malebe fm. Le village, situé à quelques kilomètres de Lébamba, illustre à lui seul les conséquences profondes de l’exode rural qui frappe de plein fouet de nombreuses localités du sud du Gabon.
Les infrastructures scolaires de Mouyamba n’ont rien d’abandonné. Les tables sont alignées, les cahiers rangés, la craie neuve. Pourtant, les bancs restent désespérément vides. Les familles, confrontées au manque d’activités économiques, à l’absence de services de santé et à des conditions de vie difficiles, quittent progressivement le village. Les parents partent chercher du travail à Lébamba, Mouila ou Libreville, emmenant leurs enfants avec eux.
Ceux qui restent sont souvent confiés aux grands-parents, trop âgés pour assurer les trajets quotidiens ou pour financer les fournitures scolaires. Résultat : l’école, pourtant opérationnelle, tourne à vide.
À Mouyamba, comme dans d’autres villages de la Louetsi-Wano, la situation devient un cercle vicieux. Sans élèves, l’école risque la fermeture administrative. Et sans école, les dernières familles hésitent à rester. Les enseignants, eux, se retrouvent dans une situation absurde : présents, rémunérés, mais sans classe à encadrer. Certains s’occupent de l’entretien des lieux, d’autres prêtent main-forte à l’école de Lébamba.
Les causes de cette désertion sont connues : routes difficiles, absence d’électricité fiable, manque d’eau courante, faibles opportunités économiques. L’école devient alors le symbole d’un monde rural qui se délite, non par manque de volonté, mais par manque de perspectives.
À Mouyamba, les murs tiennent encore debout. Ce sont les rires, les jeux et les voix des enfants qui manquent. Tant que l’exode rural ne sera pas freiné par des politiques de revitalisation, des projets économiques locaux et un accès réel aux services essentiels, les enseignants continueront d’ouvrir chaque matin des salles de classe où personne n’entre.
Mouyamba n’est pas seulement un village sans élèves. C’est le reflet d’un pays où certains territoires se vident en silence, laissant derrière eux des écoles fantômes et des communautés en suspens.


























