Le 3 mai 2025, le Gabon a officiellement vu Brice Clotaire Oligui Nguema prêter serment en tant que président élu. Une cérémonie d’une solennité très attendue, censée incarner « le renouveau institutionnel, la restauration républicaine et l’engagement d’un homme devant la nation et l’histoire », selon Jean Kevin Ngadi, analyste politique. Pourtant, à en croire ce dernier, le message envoyé au peuple gabonais a manqué de clarté et de rigueur.
L’investiture présidentielle, dans sa tradition républicaine, est un acte solennel, sobre, parfaitement maîtrisé. Or, déplore Ngadi, « la cérémonie du président BCON a péché par excès ». Il fustige notamment une mise en scène trop chargée, où la Cour constitutionnelle s’est « éloignée du strict protocole » en rejouant la proclamation des résultats déjà rendus publics, « brisant ainsi l’élan du moment ». Pire, l’intervention d’un « ancien porte-parole politique recyclé en « chef des tradipraticiens » » a apporté une confusion rituelle préjudiciable, transformant la tradition en outil d’improvisation.
« On ne s’improvise pas gardien des rites », affirme-t-il, rappelant que seule une représentation légitime de la culture peut s’inscrire dans un tel événement. « La tradition a ses lois, tout comme la République a son protocole », ajoute-t-il.
Même les éléments naturels ont, selon lui, semblé jouer un rôle dans cette séquence. Une « pluie torrentielle » et la présence d’une pleine lune ont frappé les esprits. Pour Ngadi, ces signes sont ambivalents : « La pluie est traditionnellement perçue comme un signe de bénédiction… mais lorsqu’elle devient diluvienne, elle peut aussi symboliser un avertissement cosmique. » Quant à la pleine lune, elle marque « un moment de vérité », mais aussi « un tournant spirituel chargé de tensions ».
C’est ensuite au contenu du serment que l’analyste s’attaque. Il dénonce une formulation hasardeuse : « Je m’engage à conserver toutes mes forces pour le bien-être du peuple gabonais », a déclaré le président. Pour Ngadi, ce verbe est inadapté. « Conserver suppose une mise en réserve, une attitude passive. Le terme juste aurait été : je m’engage à consacrer toutes mes forces. » Il souligne qu’ailleurs en Afrique, des présidents comme Olusegun Obasanjo ou Thabo Mbeki ont corrigé de telles erreurs pour préserver la solennité et la cohérence de leur engagement.
La dimension diplomatique de la cérémonie ainsi que sa solennité n’échappent pas non plus à son regard critique. La poignée de main entre les présidents Tshisekedi et Kagame, pourtant en conflit, a été perçue comme un symbole d’unité. Mais, nuance Ngadi, « une diplomatie d’image sans fondation réelle est un trompe-l’œil ». Il insiste : « La paix ne se résume pas à un geste capté par les caméras. Elle s’élabore dans la discrétion, dans la patience des négociations de l’ombre. » Le Gabon, selon lui, « aurait gagné à activer une diplomatie souterraine, agile, stratégique ».
En définitive, la solennité de la cérémonie du 3 mai s’est révélée comme un miroir des contradictions actuelles du pouvoir. « La gouvernance commence dans la précision des détails, pas dans la démesure du spectacle », affirme Ngadi, mettant en garde contre « la tentation du populisme cérémoniel ». Le peuple, selon lui, attend désormais un président « efficace, rigoureux, sobre, qui gouverne non par l’effet de foule mais par la force du résultat ».
Et de conclure, avec gravité : « La cérémonie du 3 mai 2025 fut plus qu’une prestation de serment : elle fut un révélateur. » Entre tradition galvaudée et diplomatie d’apparat, le chemin vers un pouvoir crédible passe par la rigueur, l’humilité et la clarté. « Il revient à Oligui Nguema de transformer la solennité manquée en lucidité retrouvée. »


























