Le procès tant attendu du naufrage de l’Esther Miracle s’ouvre aujourd’hui à Libreville, un peu plus de deux ans après le drame qui a secoué tout le pays. Dans les rues, les foyers et les transports, le sujet revient dans toutes les conversations : que décidera la justice? Qui assumera la responsabilité de cette tragédie maritime? Les Gabonais espèrent que ce procès ne sera pas une simple formalité administrative mais un acte fondateur d’un véritable sursaut éthique et institutionnel.
Le 9 mars 2023 restera gravé dans la mémoire collective : ce soir-là, l’Esther Miracle, un ferry de la société Royal Cost Marine, quitte Libreville à destination de Port-Gentil. En pleine nuit, le navire chavire au large des côtes gabonaises, pris par deux vagues puissantes. À bord, l’horreur : cris, chaos, naufrage. Bilan officiel : 124 rescapés, une trentaine de morts et sept disparus, dont certains corps ne seront jamais retrouvés. L’émotion est nationale. Très vite, au choc succède l’indignation.
L’enquête révèle des failles graves : surcharges, modifications non homologuées, absence de gilets de sauvetage en nombre suffisant, contrôles inexistants… Une accumulation de négligences. Le directeur général de Royal Cost Marine, Blaise Armand Mbadinga, est cité comme principal responsable. Plusieurs cadres techniques, agents de la marine marchande et fonctionnaires sont également mis en cause. Le gouvernement suspend certains hauts responsables et le ministre des Transports démissionne sous la pression. Mais cela ne suffit pas à apaiser la douleur.
La société civile s’organise : un collectif des familles de victimes voit le jour. Il demande justice, transparence, reconnaissance et surtout réparation. À travers ce procès, c’est tout un peuple qui réclame la fin de l’impunité. Car derrière le naufrage de l’Esther Miracle, c’est un naufrage moral et institutionnel qui se profile : la complicité silencieuse entre intérêts privés et inertie administrative, l’incapacité chronique à prévenir les risques, la culture du laxisme qui met des vies en péril.
L’ouverture du procès aujourd’hui est donc bien plus qu’un simple moment judiciaire. C’est un symbole. Il engage la crédibilité de l’État, la confiance des citoyens dans leurs institutions, et la capacité de la justice à restaurer un minimum d’ordre dans un système perçu comme permissif. Il ne s’agit pas seulement de juger des individus, mais de mettre à nu un mode de fonctionnement qui a coûté la vie à des innocents.
Les Gabonais attendent que la vérité éclate, que les coupables soient désignés sans complaisance, et que des mesures structurelles soient prises. Ils attendent une justice exemplaire, non pas pour se venger, mais pour tourner une page dans la dignité. Car ce n’est qu’au prix d’une telle catharsis que la mémoire des victimes pourra être véritablement honorée.
Par Darlyck Ornel Angwe, journaliste stagiaire

























