Owendo, le 10 juin 2026. La démarche engagée par la municipalité paraît, à première vue, difficilement contestable. Libérer les trottoirs, sécuriser les espaces piétonniers et préserver le domaine public communal : qui pourrait raisonnablement s’y opposer ?
Des textes clairs, une réalité sociale complexe
Sur le plan juridique, la position est sans ambiguïté. Les trottoirs ne constituent ni des marchés, ni des espaces de stockage, ni des lieux d’exploitation commerciale permanente. Leur occupation sans autorisation demeure une infraction.
La descente du maire Arnaud Sandri Nombo, accompagné des services municipaux et des forces de sécurité, s’inscrit donc dans une logique de restauration de l’autorité publique. Dans une ville sous pression démographique croissante, le maintien de l’ordre urbain constitue une nécessité.
Cependant, derrière cette apparente simplicité se cache une réalité sociale beaucoup plus complexe.
Le trottoir, refuge d’une économie de survie
Si les trottoirs sont occupés, ce n’est généralement pas par défi lancé à l’autorité municipale. C’est souvent parce qu’une partie importante de la population n’a trouvé d’autre moyen de subsistance que le commerce informel.
La vendeuse de fruits, le marchand de téléphones, le réparateur de chaussures ne choisissent pas toujours le trottoir par confort. Ils le font par nécessité économique. C’est précisément là que se situe toute la difficulté de l’exercice.
La répression seule ne résout rien
L’État moderne ne peut se contenter d’appliquer la règle sans tenir compte du contexte social. Une politique exclusivement répressive risque de déplacer le problème sans jamais le résoudre.
Chasser les commerçants d’un carrefour ne garantit nullement qu’ils ne réapparaîtront pas demain à quelques centaines de mètres. L’expérience de nombreuses villes africaines démontre que les déguerpissements produisent souvent des résultats temporaires. Ils échouent lorsqu’ils ne s’accompagnent pas de solutions alternatives crédibles.
Interdire ne suffit pas : il faut aussi proposer
La véritable question s’impose donc : où ces commerçants doivent-ils exercer leurs activités ? La restauration de l’ordre urbain ne peut se dissocier d’une politique d’aménagement économique.
Une municipalité qui interdit doit également proposer. Elle doit identifier des espaces adaptés, faciliter leur accès et accompagner les opérateurs vers l’économie formelle. Faute de quoi, l’autorité publique engage une lutte perpétuelle contre des citoyens dont le seul tort est de chercher à survivre.
Un rôle économique réel à ne pas ignorer
Cette réflexion s’impose d’autant plus que les vendeurs informels jouent un rôle économique concret. Ils participent à la circulation des biens, à l’approvisionnement des quartiers et à la création de revenus dans un contexte de chômage persistant.
Réduire ce phénomène au seul désordre urbain serait donc simpliste. Il révèle aussi les insuffisances du marché de l’emploi, les difficultés d’accès au crédit et le déficit d’espaces commerciaux accessibles aux petits opérateurs.
L’ordre urbain, oui, mais avec humanité
Cela ne signifie évidemment pas que l’anarchie doive être tolérée à Owendo. Une ville ne fonctionne pas durablement lorsque les trottoirs deviennent impraticables ou lorsque la sécurité des piétons est compromise. L’ordre urbain demeure un impératif collectif.
Mais cet ordre doit se construire avec intelligence, discernement et humanité. Le véritable défi du maire d’Owendo consiste ainsi à concilier deux exigences également légitimes : le respect de la loi et la préservation de la cohésion sociale.
L’histoire retiendra moins le nombre de trottoirs libérés que la capacité des autorités à offrir une réponse durable. Car, comme le dit un proverbe de Lambaréné : « On ne redresse pas un arbre en cassant ses racines. »


























