Nous vous publions l’interview que le Coordonnateur général des affaires présidentielles (CGAP) du Gabon a accordé à notre confrère d’Ecofin, le 08 mars . C’est rare de le voir prendre la parole surtout en ces temps de crise sanitaire jumelée à une crise économique qui frappent notre pays depuis un temps.
Noureddin Bongo Valentin : « Les Gabonais me jugeront sur les résultats et non sur un délit de patronyme » (Interview)
(Agence Ecofin) – Ces derniers mois, au Gabon, la gouvernance a pris un sérieux coup de jeune. Nommé à moins de 30 ans, coordinateur général des affaires présidentielles, Noureddin Bongo Valentin revendique une culture du résultat et n’hésite pas à appliquer à la gestion publique certaines méthodes du management privé : reporting, audit, retour sur investissement : « Je fais partie d’une génération où la recherche de l’efficacité est importante », assure-t-il. Entretien exclusif avec le CGAP .
Agence Ecofin : En quoi consiste, de manière concrète, le rôle de Coordonnateur général des affaires présidentielles au Gabon ? D’aucuns estiment qu’il s’agirait d’une vice-présidence qui ne dirait pas son nom…
Noureddin Bongo Valentin : La fonction nourrit beaucoup de fantasmes (sourire). A tort. Car la réalité est beaucoup plus prosaïque. Le coordinateur général des affaires présidentielles est un exécutant au service du chef de l’Etat. Selon l’intitulé officiel, celui-ci a « vocation à se saisir de tout dossier qui concerne le président de la République ».
Concrètement, le « CGAP » assiste le Président dans la conduite de ses missions, veille à ce que ses directives soient bien exécutées et en assure le suivi. Il s’agit donc d’une fonction très technique, et non politique. J’ajoute que celle-ci n’est en rien une nouveauté au Gabon. Elle a déjà existé par le passé.
AE : Vous assumez cette lourde responsabilité alors que vous n’avez pas 30 ans. En quoi cette jeunesse influe-t-elle sur votre mode de gouvernance et sur votre conception de la politique?
NBV: L’expérience est un atout précieux dans la conduite des affaires publiques. Mais la jeunesse en est un aussi. A fortiori dans un monde en pleine mutation où les évolutions technologiques s’accélèrent. En matière de gouvernance, je fais partie d’une génération où la recherche de l’efficacité est importante. Il ne s’agit pas de « faire pour faire » mais de faire pour réellement, positivement et rapidement changer les choses. C’est à cela que doit servir le pouvoir. En termes de conception politique, ma génération est particulièrement sensible à certains sujets. L’environnement bien sûr, mais aussi la formation, déterminante dans le monde à venir, l’innovation, la lutte contre les inégalités qui passe par le développement de l’emploi ou encore l’endettement qui n’est pas mauvais en soi mais qui ne doit pas obérer le futur.
AE : Selon le FMI, à la fin septembre 2020, le Gabon avait déjà engagé 300 millions$ pour lutter contre la Covid-19. L’efficacité a-t-elle été au rendez-vous ?
NBV: Quand on a de l’ambition pour son pays, pour son peuple, on veut toujours faire mieux. Mais force est de constater que le Gabon s’est favorablement illustré lors de cette pandémie. En Afrique, il est l’un des pays qui teste le plus sa population et où le taux de létalité, c’est-à-dire de mortalité causée par le virus, est le plus faible.
« Force est de constater que le Gabon s’est favorablement illustré lors de cette pandémie. En Afrique, il est l’un des pays qui teste le plus sa population et où le taux de létalité, c’est-à-dire de mortalité causée par le virus, est le plus faible.»
Les institutions internationales, membres de la task force mise en place par le Président de la République et que j’ai eu l’honneur de diriger, sont unanimes à ce sujet, à commencer par l’OMS et les Nations Unies. A la demande du président de la République, Ali Bongo Ondimba, un effort budgétaire conséquent a été consenti pour apporter une réponse forte en matière sanitaire et sociale. Mais la clé – et cela, nous le devons au chef de l’Etat – a été l’anticipation. Nous nous sommes toujours efforcés d’avoir un coup d’avance sur l’épidémie.
AE : Comme partout dans le monde, on a noté la survenance d’une deuxième vague de cas déclarés, mais pour le Gabon, on reste encore en deçà des pics de la période juin-juillet 2020. Aujourd’hui, alors que vous avez davantage de recul, à quelle stratégie de riposte doit-on s’attendre ? Une réaction forte comme en 2020 ou bien des mesures plus proportionnées ?
NBV: La stratégie retenue d’emblée par le Président de la République n’a pas varié depuis le début de la crise. Un, nous anticipons. Mieux vaut prévenir que guérir. Deux, nous adaptons la proportionnalité de notre réponse à la gravité de la situation épidémique. Trois, nous affectons l’ensemble des moyens nécessaires, que ce soit sur le plan budgétaire ou sanitaire. Cette stratégie, qui a montré son efficacité durant la première vague en mars dernier, est utilisée actuellement pour faire face à la deuxième. Pour répondre à votre question, la riposte lors de cette seconde vague sera aussi forte que nécessaire mais toujours proportionnée à la gravité de la situation.
AE : Cette deuxième vague survient, alors que le président Ali Bongo Ondimba a annoncé un vaste plan de relance de l’économie nationale. À quoi les Gabonais doivent-ils concrètement s’attendre dans les jours à venir, surtout ceux pour qui la survenue de la Covid-19 est allée de pair avec une baisse, et parfois même une interruption totale, de leurs activités ?
NBV: Le Plan d’Accélération de la Transformation 2021-2023 est un point d’inflexion dans la mise en œuvre du Plan Stratégique Gabon Emergent, lancé en 2009 par le Président de la République Ali Bongo Ondimba au début de son premier mandat. Si les filières devant constituer les nouveaux piliers de notre économie, au premier rang desquelles le secteur forêt-bois et l’agro-industrie, ont connu une croissance constante et à deux chiffres ces dix dernières années, elles n’occupent pas encore un poids suffisamment significatif dans notre PIB, ce qui nous rend toujours vulnérables aux aléas des cours des matières premières, pétrolières et minières, à l’international.
Nous allons donc lancer des réformes radicales de consolidation de notre amont forestier, pour avoir moins d’opérateurs, mais des opérateurs mieux capitalisés, qui respectent les règles nationales et les certifications internationales, et augmentent significativement le volume annuel de bois exploitable par notre tissu industriel de deuxième et troisième transformations. Nous comptons également démarrer des plantations de forêts sur des essences de bois à croissance rapide, dans des zones peu ou pas boisées naturellement, toujours dans cette optique d’augmenter significativement notre production annuelle de bois, sans nuire à l’équilibre de la biodiversité de notre forêt naturelle. Le Président de la République prend aujourd’hui les décisions qui impacteront nos compatriotes dans le futur. Il agit en homme d’Etat.
« Nous sommes en bonne voie. Il nous faut simplement aller plus loin et plus vite. »
Pour ce qui est des mesures d’atténuation des impacts socio-économiques du ralentissement économique lié à la deuxième vague de la COVID-19, nous nous tenons prêts à réactiver différents leviers utilisés lors de la première vague, comme un moratoire sur certains impôts, un moratoire sur les loyers des ménages à plus faibles revenus, la gratuité temporaire de l’eau et de l’électricité pour les ménages modestes, ou encore la gratuité des transports publics urbains.
AE : Vous avez récemment mené un audit de la dette intérieure du Gabon, une initiative qui a fait école dans des pays voisins comme au Cameroun. Quel est le bilan de cette opération? Et au-delà de l’argent économisé, quel impact cela a-t-il eu sur la manière dont est désormais gérée la commande publique dans le pays ?
NBV: En période de crise, l’exigence de bonne gestion de l’argent public doit être maximale. C’est pourquoi le Président Ali Bongo Ondimba a ordonné la mise en place d’une task force en juin dernier afin de conduire un audit sur l’ensemble de la dette intérieure du pays. Son résultat est sans appel. Sur les 1030 milliards de francs CFA de dette intérieure audités, 623 milliards se sont révélés fictifs, soit un ratio de 62 %. Autant d’argent qui n’aurait pas servi à financer nos dépenses d’investissement ou nos dépenses sociales.
« Sur les 1030 milliards de francs CFA de dette intérieure audités, 623 milliards se sont révélés fictifs, soit un ratio de 62 %. Autant d’argent qui n’aurait pas servi à financer nos dépenses d’investissement ou nos dépenses sociales.»
Bien entendu, à la demande du chef de l’Etat, les conséquences ont été tirées sur le plan institutionnel puisqu’une nouvelle architecture a été mise en place pour garantir le bon usage des fonds publics avec le renforcement de la Direction générale des marchés publics ou encore la création de l’Autorité Nationale de Vérification et d’Audit. Les procédures en matière de commande publique ont, elles, été durcies et la transparence renforcée à toutes les étapes.
AE : Au-delà de garantir la transparence et la régularité sur les marchés publics, il y a la volonté exprimée par le président de la République de réduire la dette extérieure du pays en la ramenant en deçà de 70 % du produit intérieur brut. Quelle stratégie sera mise en place pour y parvenir ?
NBV: En réalité, c’est l’ensemble de la dette publique, c’est à dire à la fois la dette intérieure et extérieure, qui s’élève aujourd’hui à 70 % de notre PIB. Avant toute chose, je voudrais déplorer l’instrumentalisation politique – je dirais même politicienne – qui est faite en ce domaine. C’est un sujet trop grave, trop engageant pour donner lieu à d’aussi viles polémiques. La dette n’est pas mauvaise en soi, surtout quand elle sert à investir ; et la question de sa soutenabilité est plus complexe que la présentation simpliste que certains pseudos-experts en font.
Ceci posé, l’objectif fixé par le Président Ali Bongo Ondimba est clair: nous devons revenir à un niveau soutenable de notre dette publique. Aujourd’hui, le remboursement de notre dette absorbe quasiment 45 % de nos ressources propres annuelles. C’est beaucoup trop ! Pour rétablir la situation, nous devons d’abord corriger le déséquilibre de nos finances publiques. Il s’agit du premier levier à actionner. Le cycle d’endettement est alimenté principalement par le fait que nos dépenses courantes sont supérieures à nos ressources propres. Conséquence: nous devons emprunter pour financer ce déficit, ce qui crée un cercle vicieux. Le Plan d’Accélération de la Transformation 2021-2023, adopté en début d’année, prévoit des mesures rigoureuses d’amélioration de la collecte des recettes publiques, de maîtrise de certaines dépenses comme la masse salariale des agents de l’Etat, le service de la dette avec des rééchelonnements de paiement ou encore la réduction ou la suppression de subventions accordées à certaines agences publiques qui n’ont pas prouvé leur efficacité ou qui doivent apprendre à fonctionner de manière autonome.
Deuxième levier, l’accélération de notre croissance. Si nous réussissons les réformes de nos filières à fort potentiel qui peuvent puissamment contribuer à la diversification de notre économie, mécaniquement, notre taux d’endettement sur PIB se réduira. Le meilleur moyen de réduire la dette, c’est d’avoir une croissance solide qui génère plus de rentrées fiscales. D’où la nécessité d’intensifier la politique de diversification économique, de promotion du secteur privé et d’attraction des investissements.
« Le meilleur moyen de réduire la dette, c’est d’avoir une croissance solide qui génère plus de rentrées fiscales »
Enfin, troisième levier à actionner, nous n’excluons pas totalement la cession de certains actifs pour rembourser notre dette. Le Gabon possède certains actifs dormants insuffisamment valorisés. Je pense notamment aux crédits carbones que nous pourrions émettre et vendre à des entreprises ou Etats qui polluent et souhaitent compenser leur impact environnemental. Le Gabon a déjà signé un accord financier avant-gardiste en ce sens avec la Norvège. Nous étudions par


























