Libreville, Gabon – La mairie de Libreville s’apprête à frapper un grand coup. Ce jeudi 18 septembre 2025, elle procédera à une redistribution des espaces commerciaux inoccupés au marché d’Oloumi, dans le 5e arrondissement. Cette initiative, qui vise à « mieux organiser » ce lieu de commerce vital, soulève néanmoins des interrogations quant à son acceptation par les principaux acteurs.
Les commerçants, majoritairement des femmes, préfèrent souvent exposer leurs marchandises aux abords du bâtiment, arguant que la clientèle ne s’aventure pas à l’intérieur du marché d’Oloumi. Ces informations ont été relayées par nos confrères de Gabonreview.
La décision de la mairie n’est pas fortuite. Elle fait suite à un constat d’anarchie persistante. Il y a seulement deux jours, lors d’une visite inopinée, Guy André Egohang Ovono, directeur général des Affaires économiques à l’Hôtel de Ville, a pu constater le non-respect flagrant des directives précédemment émises. Quelques semaines auparavant déjà, Adrien Nguema Mba, délégué spécial, s’était indigné de la prolifération des installations anarchiques autour du marché. Le rapport de son collaborateur est sans appel : « aucun commerçant n’a encore regagné l’intérieur du marché malgré le délai accordé. » Cette situation pose un double problème : elle entrave la fluidité des accès et ternit l’image d’un marché ordonné.
Face à cette inertie, la mairie a choisi la fermeté. Elle a clairement annoncé que « les étals disponibles seront redistribués dès ce jeudi en priorité aux commerçants qui n’en possèdent pas. » Quant aux « retardataires », ils devront « se réorienter vers d’autres marchés ou exercer leur activité depuis leur domicile. » Cette mesure, bien que drastique, est présentée par les autorités municipales comme étant « pour le bien-être collectif. » L’argument avancé repose sur la volonté de « renforcer la sécurité des commerçants et des usagers, tout en améliorant l’organisation des espaces commerciaux. » Selon la mairie, il s’agit donc d’une démarche visant à optimiser l’environnement commercial pour tous au marché d’Oloumi.
Cependant, il importe d’analyser les motivations des commerçants. Leur réticence à occuper les espaces intérieurs n’est pas toujours liée à une simple insubordination. L’argument selon lequel « les clients n’entrent pas dans le marché » est récurrent et mérite une attention particulière. Est-ce un problème de visibilité, d’accessibilité, d’attractivité des étals intérieurs, ou une habitude de consommation difficile à modifier ? La redistribution des places, si elle n’est pas accompagnée d’une réflexion plus large sur la dynamisation de l’intérieur du marché, risque de déplacer le problème sans le résoudre en profondeur.
La mairie de Libreville, en imposant cette réorganisation, s’expose ainsi à une résistance si les préoccupations réelles des commerçants ne sont pas prises en compte, même si l’objectif affiché demeure louable.
Par Yann Yorick Manfoumbi


























