À 91 ans, Pierre Sablé défie les horloges comme d’autres brisent des records. Marathonien catalan reconnu, habitué à courir contre le temps, il a récemment franchi une ligne d’arrivée inattendue : celle de la paternité. Il y a six mois, aux côtés de sa compagne Aïcha, il a accueilli une petite fille prénommée Louisa Maria. Une naissance qui intrigue, interroge, parfois dérange, mais que le nonagénaire assume avec la même endurance que ses courses légendaires.
Dans les Pyrénées-Orientales, Pierre Sablé n’est pas un inconnu. Son nom résonne comme celui d’un athlète qui refuse de déposer les armes face à l’âge. Médaillé aux marathons de New York, Rome et Los Angeles dans la catégorie des plus de 80 ans, il incarne une longévité active, presque insolente. Devenir père à 91 ans n’est donc, à ses yeux, qu’une étape supplémentaire dans une trajectoire hors normes, une foulée de plus sur le bitume de la vie.
Face à la caméra, il tient Louisa Maria dans ses bras comme on brandit un trophée précieux. « Je ne suis pas si vieux que ça », glisse-t-il avec un sourire teinté d’ironie, évoquant Robert De Niro et sa paternité tardive. Loin de la provocation, Pierre Sablé revendique une vitalité intacte. Il parle de ses trails, de ses terres qu’il cultive chaque jour, de son corps qu’il sollicite comme s’il avait vingt ans de moins, défiant la logique biologique à force de discipline et de passion.
Père pour la septième fois, il rappelle que l’aînée de ses enfants a aujourd’hui soixante ans. Une famille étendue, traversant les générations comme un relais transmis sans rupture. « Je vis ! », lance-t-il, balayant d’un revers de main les jugements extérieurs. Pour lui, l’existence ne se mesure pas en années, mais en intensité. Chaque matin est une victoire, chaque pas une affirmation de liberté.
Les réactions n’ont pas manqué. Certains proches, déconcertés, ont évoqué l’inévitable fragilité du temps, la crainte de ne pas voir grandir l’enfant. Pierre Sablé répond avec une lucidité désarmante : des millions de vies s’éteignent chaque jour, des enfants sont abandonnés, quand la sienne, assure-t-il, ne le sera jamais. Louisa Maria naît dans un foyer où l’amour ne se calcule pas à l’aune de l’âge.
Sa compagne Aïcha confirme ce tableau sans détour. Elle décrit un homme présent, attentionné, solide comme un coureur de fond. Oui, la situation surprend, reconnaît-elle, mais le bonheur, lui, ne se discute pas. Elle se dit heureuse, pleinement, simplement.
À l’échelle nationale, cette histoire contraste avec les statistiques. En France, l’âge moyen de la paternité avoisinait 33 ans en 2013, selon l’Ined, contre 29,5 ans dans les années 1970. Pierre Sablé, lui, court bien au-delà des moyennes. À 91 ans, il rappelle que certaines vies refusent d’entrer dans les cases et préfèrent tracer leur propre piste.

























