L’amour n’est pas toujours un refuge, parfois c’est un champ de mines. Samedi 7 février 2026, au sortir de sa masterclass sur les « 8 pouvoirs dans la relation amoureuse » organisée à la Maison de Louise à Libreville, Madame Aya a levé le voile sur les mécanismes invisibles qui minent les couples gabonais. Quinze années d’accompagnement conjugal et une enquête judiciaire menée en 2019 sur les causes des divorces au Gabon ont forgé chez elle un regard sans fard. Ici, pas de contes de fées, mais une radiographie lucide des rapports de force qui transforment l’intimité en lutte silencieuse.
Selon Madame Aya, trois pouvoirs dominent la scène conjugale : l’argent, le sexe et l’émotion. « Quand le pouvoir financier et la sexualité se chevauchent, ça crée des dégâts », martèle-t-elle. Le pouvoir financier, explique-t-elle, est souvent le premier poison. « Celui qui a l’argent dicte : “Je te donne de l’argent, tu n’as rien à dire, c’est moi qui paye ici” ». Cette domination économique engendre humiliation, frustration et jalousie, réduisant l’autre à une dépendance étouffante.
Face à ce déséquilibre, la sexualité devient une arme de compensation. Contrairement aux clichés, Madame Aya affirme que « c’est plutôt la femme qui détient le pouvoir sexuel ». L’homme, dit-elle, confond désir et pulsion, tandis que la femme, privée de reconnaissance financière et émotionnelle, utilise ce qui lui reste. « Elle punit, elle refuse ». S’ensuivent frustrations, chantage affectif et infidélité, comme une réaction en chaîne impossible à arrêter.
Le pouvoir émotionnel, quant à lui, agit comme une marée souterraine. « Quand il n’est pas équilibré, l’un domine et l’autre subit en silence ». Les besoins ne se disent plus, les non-dits s’accumulent, jusqu’à ce que le couple se fissure sans bruit. Les cris visibles ne sont alors que l’écho d’un effondrement intérieur plus ancien.
L’enquête menée en 2019 révèle que les divorces touchent majoritairement les 30–35 ans et les 40–45 ans, avec pour motifs l’infidélité, l’argent et la violence conjugale. Mais pour Madame Aya, ces causes ne sont que des symptômes. « L’amour est un pouvoir », rappelle-t-elle, posant la question centrale : « Comment aime-t-on ? ». Chaque partenaire exerce ses pouvoirs pour combler ses blessures d’enfance, reproduisant inconsciemment les modèles familiaux reçus.
Ces schémas, dit-elle, s’impriment dès l’enfance. « Tout se joue dans les modèles qu’on a reçus ». La manière dont les parents géraient l’argent, les conflits, le vieillissement ou le corps devient une matrice invisible. Arrivé à l’âge adulte, chacun choisit soit de reproduire, soit de transformer. « Le problème, c’est que beaucoup reproduisent sans s’en rendre compte ».
À travers des exemples d’artistes célèbres, Madame Aya montre comment un mauvais choix amoureux peut éteindre tous les pouvoirs. « Quand on fait un mauvais choix amoureux, tous les pouvoirs qu’on détenait s’éteignent ». À l’inverse, les couples alignés savent dès le départ « quel couple ils veulent incarner ». La clé reste la décision. « Décider d’être heureuse, décider de bien choisir, décider de partir quand on est en danger ».
Dans un contexte gabonais marqué par le dévouement féminin, elle prévient : « Incarner le vrai pouvoir, c’est aimer sans s’oublier ». Donner tous ses pouvoirs mène à l’effacement, à la dépression, à la perte de soi. Aimer, oui, mais jamais au prix de sa propre lumière intérieure.


























