À Libreville, l’eau est devenue un luxe que même les quartiers les plus aisés peinent à s’offrir. Damas, quartier résidentiel du cinquième arrondissement, connu pour son urbanisme raffiné, ses villas imposantes et ses constructions modernes, n’échappe pourtant pas à une réalité qui frôle l’absurde : les robinets sont secs, les citernes se vident, et les habitants survivent au rythme des livraisons de cuves d’eau.
Une situation d’autant plus paradoxale que le Gabon dispose de ressources hydriques abondantes. Pourtant, l’or bleu ne coule plus dans les canalisations. À Damas, les témoignages se suivent et se ressemblent : « L’eau arrive de manière occasionnelle, le reste du temps nous nous approvisionnons en cuves », confie un habitant. Un autre ajoute avec amertume : « On puise l’eau dans les lavages auto ou on fait appel aux camions-citernes. »
Ce quotidien précaire révèle l’incapacité des infrastructures à répondre aux besoins les plus élémentaires. L’inauguration récente de la station de pompage du PK5, censée révolutionner l’approvisionnement en eau dans la capitale, semble bien loin d’avoir produit ses effets, du moins dans ce quartier. Les habitants continuent à vivre sous un régime désertique, oscillant entre espoir et résignation.
Au-delà du simple confort, cette pénurie pose une véritable menace sanitaire, sociale et économique. Elle renforce les inégalités et soulève des questions cruciales sur la gouvernance, la planification urbaine et la volonté politique. Comment expliquer qu’en capitale, l’eau soit une denrée si rare?
Pendant que les autorités vantent des projets de modernisation, les populations, elles, attendent des résultats concrets. Et à Damas, comme ailleurs, il ne s’agit plus seulement d’attendre : il s’agit de survivre, de s’adapter, de dénoncer. Car dans un pays où l’eau devrait couler à flots, le silence des robinets devient celui de l’État.

























