Depuis bientôt quatre longues années, la Compagnie Minière de l’Ogooué (Comilog) est marquée par des tensions permanentes. Celles-ci ont connu une accentuation ces derniers temps avec des mouvements d’humeur, des préavis de grève, et des négociations qui n’auraient accouché que d’une souris. Pour en savoir plus, nous avons tendu le micro au secrétaire général du Syndicat des travailleurs des industries minières et métallurgiques (Strimm), Joscelain Lebama. Lecture !
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La situation à Comilog semble tendue depuis des années. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet Monsieur Joscelain Lebama?
Je tiens tout d’abord à vous remercier pour l’opportunité que vous nous offrez de livrer notre part de vérité suite au climat qui prévaut depuis belle lurette à la Comilog. Il faut savoir que les négociations au niveau de la Comilog, qui consistent à revaloriser les primes et les salaires de base, se tiennent tous les trois ans. C’est un accord bien structuré, bien écrit, qui se met en place en accord avec la direction générale et les partenaires sociaux. En 2020, nous avons ouvert des négociations avec l’actuel administrateur général. Ces négociations nous ont conduits à des tensions et à des conflits. Nous avons même dû recourir à une médiation auprès de l’ancien ministre des Mines, M. Elvis Osindji. Cependant, pour que les résolutions prises lors de ces négociations soient exécutées par la direction générale, il a fallu déposer un préavis de grève. Nous en sommes encore aujourd’hui aux revendications de 2020, alors que nous aurions déjà dû entamer une nouvelle série de discussions.
Depuis le début de ces tensions, des rencontres ont été initiées afin de trouver des solutions. Mais toujours pas de résolution. Êtes-vous Monsieur Joscelain Lebama avec vos frères syndicalistes réfractaires au progrès de la Comilog ?
Non, nous ne pouvons pas être réfractaires au progrès de la Comilog. On ne coupe pas la branche sur laquelle on est assis. La Comilog est l’entreprise qui nous nourrit. Nous ne pouvons donc pas être contre son évolution. Cela dit, la Comilog est une entreprise organisée où le dialogue social devrait être franc. Mais pour cela, il faut que le cadre de ce dialogue soit respecté. Nous avons effectivement rencontré la direction provinciale de l’inspection du travail à la suite d’un préavis de grève. Ce préavis comportait deux points principaux : le suivi des négociations de 2020 et le changement du mandataire social. Néanmoins, lors de cette rencontre, aucune solution n’a été trouvée. La loi, en son article 93 du Code du travail, stipule que lorsqu’aucun accord n’est atteint, un procès-verbal de non-conciliation doit être rédigé. Ce qui a été fait. Les parties ont ensuite désigné un médiateur, en l’occurrence l’actuel ministre des Mines, M. Giles Ndembe. Mais là encore, les deux réunions tenues n’ont débouché sur aucun résultat concret.
Vous dites être à la recherche de solutions. Pourtant, dans un courrier adressé aux parties concernées, la PDG du groupe Eramet a clairement mis en avant les performances de l’actuel administrateur général. Pourquoi ne pas simplement accepter cette décision ?
La réponse de Mme Christel Bories, présidente du groupe Eramet, nous a choqués. Nous avions exprimé le souhait de changer de mandataire social, car nous pensons que c’est lui le problème, et nous avons des preuves à l’appui. Malheureusement, nous avons reçu une fin de non-recevoir, qui manquait d’élégance. Pire, le courrier adressé aux syndicats a été publié par la direction générale sur les réseaux internes de l’entreprise, puis s’est retrouvé dans l’espace public. Cela a exacerbé les tensions à Moanda.
Nous avons l’impression que Mme Bories n’a pas pris le temps d’écouter les salariés ou de mandater une mission pour comprendre nos préoccupations.
Certaines voix parlent de guerre ethnique et d’autres disent que la tête de l’ADG ne serait plus au goût des partenaires sociaux. Que répondez-vous Monsieur Joscelain Lebama ?
Lors de notre dernière assemblée générale, les travailleurs avaient décidé de ne plus reprendre le dialogue avec la direction générale. La direction a ensuite convoqué les secrétaires généraux à Libreville pour une rencontre dans un hôtel de la place. Les secrétaires généraux ont choisi d’y participer dans l’espoir de trouver une issue à cette crise. Ce, malgré le refus de la base. Ce qui démontre là, la volonté de trouver des solutions idoines à cette crise qui perdure. Cependant, aucune proposition concrète n’a été faite par la direction générale. Cela alimente de nombreuses rumeurs dans la ville de Moanda, notamment sur des conflits communautaires ou ethniques. Je tiens à le préciser clairement : les syndicats de la Comilog ne sont en aucun cas mêlés à un quelconque conflit social ethnique. Notre rôle est la défense des intérêts des travailleurs et la préservation de l’outil de travail.
Votre mot de la fin ?
La Comilog est le plus gros producteur mondial de manganèse. Elle contribue à l’économie nationale. Nous ne pouvons pas laisser cette entreprise s’enliser dans des problèmes sans fin. Nous avons constaté que certains directeurs nationaux sont remplacés par des étrangers, et ce, malgré leurs résultats performants. Ces actions vont à l’encontre des souhaits du Président de la Transition. Ce lundi 02 décembre 2024, nous avons une assemblée générale à Moanda. Les travailleurs d’Owendo ont déjà décidé d’un retour à la grève, sans préavis cette fois, car le mouvement avait été simplement suspendu.
Je vous remercie.












































