À l’approche des législatives et locales de 2025, le ciel politique gabonais s’assombrit de rumeurs inquiétantes. Certains hiérarques de l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), confrontés à des bastions où la victoire paraît compromise, seraient tentés de jouer avec les règles du jeu. Des voix affirment que, pour « dribbler » leurs concurrents, le Parti démocratique gabonais (PDG), le Rassemblement pour la Patrie et la Modernité (RPM), l’Union Nationale (UN) et d’autres formations politiques , des stratégies souterraines consisteraient à faire disparaître des noms sur les listes électorales. Si ces soupçons venaient à se confirmer, ce serait comme un voile sombre jeté sur la clarté démocratique tant promise.
Le constat est d’autant plus troublant que le président de la République lui-même avait rappelé, tel un arbitre exigeant la loyauté du match, que « la transparence devait être le socle » de ces échéances. Toute manœuvre contraire ressemblerait à un joueur qui déplace les poteaux du terrain pour assurer sa victoire. La démocratie, elle, exige que l’on joue à découvert, sur une pelouse égale pour tous.
Dans les coulisses, les plaintes affluent. Elles évoquent des localités stratégiques où la rivalité politique ressemble à une arène antique : la Dola, Mulundu, Ntoum et Akanda. Là, les combats politiques se font à fleurets tirés. Dans la Dola, la confrontation entre Yves Fernand Manfoumbi et Mays Mouissi s’apparente à une partie d’échecs où chaque pion compte. Or, le bruit court qu’un suppléant d’Yves Fernand Manfoumbi aurait mystérieusement disparu des listes électorales. L’image est forte : comme une pièce effacée du damier pour orienter l’issue de la partie.
À Mulundu, Brice Constant Paillat croise le fer avec Éric Dodo Bounguendza à ces législatives 2025. À Akanda, Jean-Marie Ogandanga, enraciné sur son territoire, affronte Luc Ondias Souna, député de la Transition qui découvre ses premières armes. A Ntoum, Camélia Ntoutoume Leclercq va être défiée par Zéphirine Etotowa .Ces scènes illustrent une compétition électorale digne d’un tournoi, où chaque duel est scruté par l’opinion. Mais si les règles se brouillent, alors la partie devient inégale et l’arbitre, en l’occurrence le ministère de l’Intérieur, se retrouve au banc des accusés.
Ce ministère, garant du bon déroulement du scrutin, est comparé par certains à un père qui surveille ses enfants jumeaux. Lors du référendum et de la présidentielle de 2025, il avait été salué pour son impartialité. Mais cette fois, le défi est autrement plus complexe : il ne s’agit plus d’un seul enfant, mais d’une fratrie agitée de centaines de candidats. « Le moindre nom effacé des listes serait perçu comme une entaille à la confiance nationale », préviennent des observateurs. Un tel faux pas pourrait transformer l’arbitre en suspect et la partie en scandale.
Les enjeux sont d’autant plus brûlants que certains poids lourds de la scène politique sont directement impliqués. Dans la Basse Banio, la secrétaire générale du PDG, Angélique Ngoma, affronte le candidat de l’UDB, Gninga Chaning Zenaba, ministre en fonction. Dans le même temps, Paul Marie Gondjout (UDB), lui aussi ministre, se mesure à Madeleine Berre, figure influente et ancienne ministre du régime Ali Bongo Ondimba. Mays Mouissi, cumulant ses fonctions de secrétaire général de l’UDB, membre du gouvernement et candidat dans la Dola, incarne cette tension entre devoir institutionnel et intérêt électoral. Sa situation illustre la tentation de « tordre le fil de l’équité» pour éviter l’échec.
Cependant, tout n’est pas combat frontal. Certaines zones voient naître des alliances qui dissipent les orages. Ainsi, à Okondja (1er siège), le PDG et l’UDB ont fusionné derrière Brigitte Onkanowa, quasiment assurée de l’emporter. À Lambaréné, Séraphin Akure Davain, en duo avec le PDG, s’avance en terrain dégagé. À Tchibanga, Ulrich Manfoumb avec la bannière de l’UDBi semble marcher vers une victoire acquise d’avance. Ces fusions ressemblent à des mariages arrangés : elles garantissent la stabilité mais laissent planer l’ombre du calcul.
L’image de la démocratie gabonaise en dépend. Si les élections sont perçues comme un fleuve limpide, elles renforceront la confiance populaire. Mais si elles se transforment en marécage trouble où disparaissent des noms d’électeurs comme des pierres englouties, alors c’est la crédibilité nationale qui s’érodera. Le peuple gabonais, témoin vigilant, attend que l’arbitre veille, que le ministère de l’Intérieur brandisse le sifflet contre toute fraude, et que les acteurs politiques jouent le jeu à visage découvert.
Car en démocratie, l’équité n’est pas un luxe : c’est la clé de voûte. Tout manquement serait une fissure dans l’édifice républicain. Les élections, surtout les législatives 2025, loin d’être une simple compétition, sont un miroir tendu à la nation. Que ce miroir reflète la clarté plutôt que l’ombre : tel est le véritable enjeu.


























