Le 5 mai 2025 s’inscrit comme une date charnière dans l’histoire politique du Gabon. À cette occasion, Henri Claude Oyima, figure tutélaire du monde bancaire, est nommé ministre d’État chargé de l’Économie, des finances, de la dette, des participations et de la lutte contre la vie chère. Sous des intitulés à rallonge se dissimule une concentration de pouvoirs inédite, augurant d’une gouvernance entachée de conflits d’intérêts manifestes.
« Le loup est dans la bergerie », écrit Anne-Marie Dworaczek-Bendome, décrivant sans ambages l’absurdité d’une nomination qui place l’un des plus puissants banquiers à la tête des caisses de l’État. Henri Claude Oyima conserve, par l’entremise de Nahor Capital – sa société familiale – une emprise directe sur BGFI Holding Corporation SA, groupe bancaire privé dont il est actionnaire prépondérant. Il cumule ainsi une fonction de contrôle public avec un intérêt privé structurant dans le secteur financier.
La promesse présidentielle d’une ère de transparence, incarnée par le général Brice Clotaire Oligui Nguema et plébiscitée à 95 % le 12 avril 2025, s’érode à peine le gouvernement formé. Cette nomination, perçue comme une trahison politique, donne à voir une mécanique bien huilée de captation des leviers économiques.
Le conflit d’intérêts est ici systémique. « C’est lui qui décide quand il partira, ce qu’il gardera, ce qu’il lâchera », commente Dworaczek-Bendome, soulignant une inversion des rapports entre puissance publique et puissance privée. À travers une clause dite de “non-discussion” autour de Nahor Capital – juridiquement nébuleuse mais politiquement significative – Oyima sanctuarise son empire financier, transformant l’État en simple spectateur.
Nahor Capital, fondée le 7 juillet 2009 dans les semaines suivant le décès d’Omar Bongo, marque le début d’une dynastie financière. Loin d’être anodine, cette date suggère, selon Dworaczek-Bendome, que « la mort du père a libéré les ambitions de ses fils ». Ce véhicule patrimonial familial contrôle officiellement 27 % de BGFI Holding, quoiqu’une dilution récente à 9,25 % soit évoquée dans certains cercles. Cette opacité actionnariale, jamais clarifiée publiquement, entretient le flou autour de la réelle influence d’Oyima sur le groupe bancaire.
Le ministre devenu régulateur d’un secteur où il est juge et partie incarne l’hypertrophie d’un pouvoir privé sur l’appareil étatique. Ce mélange des genres n’est ni dissimulé ni accidentel : il est méthodique, assumé, presque provocateur. « L’État plie devant un individu », résume avec gravité Dworaczek-Bendome, observant une « dépossession démocratique » au profit d’intérêts oligarchiques.
Ce qui se joue ici dépasse la simple nomination ministérielle. C’est la démonstration, en pleine lumière, d’un système où la mauvaise gouvernance se dissimule derrière le vernis d’une expertise économique. Le Gabon n’est pas gouverné : il est géré comme un actif.


























