L’initiative louable des autorités de la Transition, menées par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, de réactiver et restaurer des symboles nationaux forts tels que Fly Gabon, la Cité de la Démocratie et Africa n°1, mérite d’être saluée. Cette démarche s’inscrit dans une volonté perceptible de renouer avec l’identité et la fierté gabonaises. Cependant, cette restauration sélective soulève une critique acerbe : l’état de délabrement avancé des infrastructures sportives majeures du pays, véritables temples du football national.
Le contraste est saisissant. Tandis que l’on investit dans la réhabilitation d’une identité symbolique et médiatique, les enceintes sportives qui incarnent les succès et l’espoir de la jeunesse gabonaise sont laissées à l’abandon. Les symboles nationaux forts dans le domaine sportif laisse sans voix comme le Stade Omnisports Président-Bongo (SOPB), surnommé « Soukissa », en est l’exemple le plus accablant. Construit dans les années 70 et rénové partiellement pour les CAN successives, il est aujourd’hui une friche : pelouse impraticable, gradins dégradés et, pire encore, squatté par des éléments indésirables.
Cette situation n’est pas isolée. D’autres symboles nationaux toujours dans le football tels que les stades de Port-Gentil (Michel-Essonghe), d’Oyem (Engong) et d’Angondjé (Amitié) subissent visiblement le même sort, malgré leur rôle central lors de la CAN 2017. L’argent public investi dans ces constructions, des « milliards de francs » selon les termes de l’article, semble avoir été gaspillé, faute de politique d’entretien rigoureuse et de gestion transparente, notamment par l’ancienne ANGTI.
Face à l’incohérence des priorités, un stade fonctionnel est un symbole vivant de l’ambition nationale, un lieu de cohésion sociale et un outil de développement économique et sportif. L’abandon de ces infrastructures envoie un message désolant aux sportifs : la passion est moins prioritaire que la nostalgie institutionnelle.
Le Gabon ne peut aspirer à une présence significative sur la scène footballistique africaine s’il ne dispose que de l’unique stade de Franceville en état acceptable. Pour la prochaine CAN au Maroc, la dépendance à une seule infrastructure de qualité est un handicap stratégique. Il est impératif que la Transition, qui a prouvé sa capacité à remettre en marche des entités fortes, symboles nationaux, comme Air Gabon, applique cette même rigueur à la réhabilitation des stades. Lancer immédiatement des appels d’offres transparents pour la réhabilitation complète du SOPB et des autres sites est une nécessité absolue. Sans cela, les investissements initiaux resteront de coûteux monuments à l’incurie administrative.
Par Yann Yorick Manfoumbi


























