Le président djiboutien Ismail Omar Guelleh a remporté l’élection présidentielle du vendredi 11 avril 2025, obtenant officiellement 97,81 % des suffrages exprimés selon les résultats préliminaires communiqués par les autorités électorales. Ce score, qui reste soumis à la validation formelle du Conseil constitutionnel, consacre un sixième mandat consécutif pour le chef d’État de 78 ans, à la tête de ce petit pays stratégique d’environ un million d’habitants depuis 1999.
Un scrutin sans véritable opposition ni surprise politique
Face à Ismail Omar Guelleh, un seul candidat figurait sur le bulletin de vote : Mohamed Farah Samatar, ancien cadre du parti au pouvoir, le Rassemblement Populaire pour le Progrès (RPP). Un duel aux apparences trompeuses, que les analystes politiques s’accordent à qualifier de compétition purement formelle. Les principaux partis d’opposition djiboutiens ont une nouvelle fois boycotté le scrutin, dénonçant des conditions politiques jugées insuffisamment libres et transparentes pour garantir une véritable pluralité démocratique. Ce boycott, récurrent dans le paysage électoral djiboutien, prive le processus d’une légitimité contestataire crédible aux yeux de nombreux observateurs internationaux.
Un amendement constitutionnel décisif pour lever le verrou de l’âge
La tenue de cette élection n’avait pourtant rien d’une évidence il y a encore quelques mois. Lors du scrutin de 2021, Ismail Omar Guelleh avait lui-même annoncé son intention de ne pas briguer de nouveau mandat, invoquant la limite d’âge de 75 ans alors inscrite dans la Constitution djiboutienne. C’est un amendement constitutionnel adopté en novembre 2024 qui a levé cet obstacle juridique, supprimant purement et simplement le plafond d’âge applicable aux candidats à la magistrature suprême. Une révision constitutionnelle aussitôt dénoncée par les organisations de défense des droits civiques et politiques comme une manœuvre institutionnelle destinée à perpétuer un pouvoir sans partage.
Djibouti, carrefour géopolitique convoité par les grandes puissances
Au-delà des enjeux de politique intérieure, la réélection de Guelleh s’inscrit dans un contexte géostratégique de première importance. Djibouti, petit État enclavé entre l’Éthiopie, l’Érythrée et la Somalie, abrite sur son sol des bases militaires appartenant aux États-Unis, à la France, à la Chine, à l’Italie et au Japon, faisant de ce territoire l’un des points de présence militaire étrangère les plus denses au monde. Le contrôle du détroit de Bab-el-Mandeb, par lequel transite une part significative du commerce maritime international, confère à Djibouti une valeur stratégique que les grandes puissances ne sauraient négliger, quelle que soit la nature du régime en place.
Une longévité politique qui divise la communauté internationale
Avec ce sixième mandat, Ismail Omar Guelleh s’affirme comme l’un des chefs d’État les plus anciens du continent africain. Si ses partisans saluent la stabilité politique et le développement infrastructurel qu’il a su impulser, ses détracteurs, relayés par plusieurs organisations internationales de défense des libertés, soulignent l’étranglement progressif de l’espace civique et médiatique djiboutien. La communauté internationale observe, avec une attention croissante, l’évolution d’un régime qui, sous couvert de stabilité, concentre durablement les leviers du pouvoir entre les mains d’un seul homme.


























