François Ndong Obiang, ministre de la Réforme et des relations avec les institutions, a reçu, en fin de semaine dernière, les dignitaires du Conseil national des sages. Cette rencontre, au-delà de la solennité protocolaire, a mis en lumière une ambition : ériger un Haut Conseil national des sages de la République (HCSR), organe consultatif destiné à mettre l’expérience des anciens au service de la Nation.
Le projet repose sur une logique simple mais puissante : capitaliser sur la mémoire institutionnelle et politique de figures respectées afin d’éclairer les choix du présent. Dans un pays où la jeunesse est souvent décrite comme « fragile » face aux défis socio-économiques, l’apport des sages apparaît comme une boussole morale et citoyenne. La proposition de loi organique remise au ministre insiste sur la gratuité et l’absence de logique financière, un élément qui renforce la crédibilité de l’initiative.
Un Haut Conseil des sages pourrait jouer un rôle de médiation lors des périodes de tension politique, offrir des avis indépendants sur les réformes institutionnelles et contribuer à la transmission des valeurs républicaines. Dans un contexte où la confiance envers les institutions demeure parfois vacillante, l’existence d’un tel cadre constituerait un signal fort : celui d’une République qui valorise l’expérience et refuse de laisser ses anciens en marge de la vie publique.
Toutefois, cet élan ne doit pas occulter certaines interrogations. Quelle sera la réelle influence de ce Conseil ? Existe-t-il un risque qu’il devienne un organe essentiellement symbolique, sans impact sur les décisions stratégiques ? La portée de l’initiative dépendra largement de la volonté politique de lui accorder une place effective dans le processus décisionnel. Par ailleurs, il conviendra de veiller à ce que cette structure ne se transforme pas en cercle fermé d’anciens privilégiés, mais demeure ouverte, inclusive et représentative.
En saluant cette démarche, certains y voient une tentative de réconcilier générations et institutions. Le Gabon gagnerait à transformer cette idée en un outil concret de gouvernance participative, capable d’inspirer confiance et de renforcer la cohésion nationale. Si le projet est conduit avec transparence et sincérité, le Haut Conseil des sages pourrait s’imposer comme un pilier moral de la République, un espace où l’expérience éclaire l’avenir.


























