La Guinée-Bissau vient de chavirer dans une tempête politique dont les rafales pourraient redessiner durablement son horizon. Mercredi 26 novembre, le président sortant Umaro Sissoco Embaló a été arrêté à Bissau, quelques heures après que l’armée a proclamé avoir pris le « contrôle total » du pays et suspendu l’ensemble du processus électoral, alors que le pays retenait son souffle dans l’attente des résultats. Comme un coup de tonnerre déchirant un ciel déjà chargé, cette annonce a plongé la nation dans une stupeur lourde et inquiète.
Dans les rues de la capitale, les tirs entendus près du palais présidentiel ont résonné comme autant d’avertissements d’un ordre ancien qui vacille. Des soldats ont aussitôt verrouillé la principale artère menant au siège du pouvoir, redessinant en quelques minutes la géographie de la peur dans une ville habituée aux ombres des crises. Depuis 1974, chaque décennie ou presque porte la cicatrice d’un putsch ; celui-ci arrive comme un énième rappel de la fragilité institutionnelle du pays.
Assis derrière une table, entouré de visages fermés et d’armes prêtes, le général Denis N’Canha a annoncé la naissance d’un « Haut commandement pour la restauration de l’ordre », un organe militaire appelé à tenir les rênes du pays « jusqu’à nouvel ordre ». Dans un récit qu’il présente comme une nécessité nationale, il évoque un « plan de déstabilisation » ourdi par des « barons de la drogue », un trafic ancien qui irrigue le pays comme une marée clandestine, façonnant pouvoir et corruption.
La junte a aussitôt fermé toutes les frontières et imposé un couvre-feu, transformant la Guinée-Bissau en île contrainte, isolée du monde le temps de reprendre souffle. À Bissau, la tension palpite encore : rues désertées, habitants fuyant la zone présidentielle, rafales sporadiques, arrestations confirmées. Embaló serait désormais retenu dans un bâtiment attenant à l’état-major, aux côtés du chef d’état-major et du ministre de l’Intérieur.
Cette élection, déjà contestée et disputée entre Umaro Sissoco Embaló et l’opposant Fernando Dias da Costa, s’enfonce désormais dans une obscurité plus profonde encore. Dans ce pays où près de 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, où l’État chancelle sous les coups répétés des rivalités internes, le coup de force militaire ouvre une nouvelle ère d’incertitude brûlante, peut-être la plus décisive depuis des décennies.


























