Parvenir à tenir les géants du numérique responsables de l’addiction qu’ils contribuent à créer : c’est l’enjeu du procès qui s’est ouvert le 9 février à Los Angeles. Mais derrière les algorithmes et les stratégies d’engagement, une question demeure : quelle part de responsabilité incombe aussi aux utilisateurs eux‑mêmes de Google et Meta ?
Pour la première fois, Google et Meta sont appelés à répondre devant un tribunal civil de l’accusation d’avoir « fabriqué l’addiction » chez les jeunes utilisateurs.
La plaignante, Kaley G. M., 20 ans, affirme que son usage intensif d’Instagram et de YouTube, dès l’adolescence, l’a conduite à une dépendance sévère, puis à une dépression.
Douze jurés devront rendre leur verdict d’ici fin mars. Leur décision pourrait devenir un tournant jurisprudentiel dans la manière dont les réseaux sociaux sont régulés et tenus responsables de leurs effets psychologiques.
L’avocat de la plaignante, Mark Lanier, ne mâche pas ses mots : selon lui, les entreprises ont sciemment optimisé leurs produits pour rendre les jeunes dépendants.
Notifications, défilement infini, recommandations personnalisées… autant de mécanismes qui, selon l’accusation, exploitent les vulnérabilités cognitives des adolescents.
L’argument est simple : plus un utilisateur reste connecté, plus la plateforme gagne de l’argent. Ce modèle économique, déjà largement documenté, se retrouve aujourd’hui au centre d’un débat judiciaire majeur.
Le cas de Kaley G. M. n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une vague croissante de témoignages de jeunes adultes évoquant : une perte de contrôle sur leur usage, une altération de leur estime de soi, une exposition continue à des contenus anxiogènes ou toxiques, une difficulté à décrocher, même en pleine conscience des effets négatifs.
Mais ce procès soulève aussi une question plus délicate :
où commence la responsabilité individuelle dans un environnement pensé pour neutraliser notre libre arbitre ?
Meta et Google se défendent en affirmant que leurs outils sont neutres et que l’usage problématique relève de comportements individuels.
Pourtant, des documents internes, révélés ces dernières années, montrent que les entreprises avaient connaissance des risques pour la santé mentale des jeunes, sans pour autant modifier en profondeur leurs systèmes.
Si les plateformes ont une responsabilité évidente dans la conception de leurs produits, le procès met aussi en lumière un enjeu plus large : notre propre rapport aux écrans.
Dans un monde où les réseaux sociaux sont devenus omniprésents, chacun navigue entre :
la tentation de l’instantanéité, la pression sociale, la recherche de validation, et la difficulté à poser des limites.
Les algorithmes amplifient nos comportements, mais ils ne les créent pas ex nihilo.
Ce procès interroge donc aussi notre capacité, individuelle et collective, à reprendre le contrôle
Si les jurés reconnaissent la responsabilité de Meta et Google, les conséquences pourraient être considérables :
obligation de revoir les mécanismes d’engagement, renforcement des protections pour les mineurs, multiplication des actions en justice, pression accrue sur les législateurs pour encadrer les algorithmes.
Le procès de Los Angeles n’est pas seulement celui de deux géants technologiques.
C’est aussi celui d’une époque où l’attention est devenue une ressource monétisée, où les frontières entre choix personnel et manipulation algorithmique s’estompent.
Il interroge notre capacité à reconnaître que, si les plateformes ont une responsabilité majeure, nous avons aussi un rôle à jouer : celui de comprendre nos propres comportements, de poser des limites, et de ne pas abandonner entièrement notre temps et notre santé mentale aux logiques de l’économie de l’attention.

























