Libreville — Le bras de fer entre la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) et le producteur d’électricité turc Karpowership touche provisoirement à sa fin. Selon Africa Intelligence, la SEEG s’apprête à effectuer cette semaine un premier remboursement de ses arriérés d’un montant proche de 30 milliards de francs CFA (environ 45 millions d’euros), rendu possible grâce à une intervention financière directe de l’État gabonais.
Un paiement d’urgence pour désamorcer la menace de coupure
Depuis le début de l’année 2025, les centrales flottantes de Karpowership alimentent une partie significative de Libreville. Mais les retards accumulés dans le règlement des factures ont considérablement dégradé les relations entre les deux parties. Africa Intelligence rapporte que ces impayés ont provoqué « un fort agacement » du côté turc, « au point de faire planer la menace d’une suspension de la production début avril ».
Ce scénario catastrophe, coupures massives dans la capitale gabonaise, a visiblement accéléré la recherche d’une solution. Le versement annoncé cette semaine devrait couvrir « une part importante de la dette accumulée » auprès du prestataire, selon les informations publiées par Africa Intelligence le 21 avril 2026.
Un montage financier complexe orchestré par un groupe congolais
Pour boucler ce remboursement d’urgence, l’État gabonais a eu recours à un prêt relais, lui-même financé par une levée de titres publics sur le marché obligataire local. L’opération a été structurée par le groupe financier congolais L’Archer.
La SEEG, dirigée par Steeve Saurel Legnongo, doit désormais contracter un crédit bancaire pour rembourser l’État à son tour. Préalable indispensable à cette démarche : la certification de ses comptes pour les exercices 2019 à 2025, un processus mené ces derniers mois dans un contexte d’urgence institutionnelle.
Africa Intelligence précise que l’État, « pourtant lui-même confronté à des marges de manœuvre budgétaires serrées, doit ainsi venir au secours de l’opérateur, afin de lui faire bénéficier de capacités de financement plus abordables ».
Oligui Nguema impliqué personnellement dans le dossier
L’enjeu dépasse le seul cadre technique et financier. Le président de la transition gabonaise, Brice Clotaire Oligui Nguema, aurait suivi personnellement ce dossier, selon Africa Intelligence. Son objectif : « apaiser les relations avec Karpowership et mettre rapidement fin aux délestages », devenus un facteur d’impopularité croissante pour le régime de transition.
Le contrat avec Karpowership avait pourtant été conclu précisément pour améliorer la desserte électrique de Libreville. Mais ce marché, « jugé coûteux pour l’État, n’a pas tenu ses promesses du point de vue gabonais », relevait déjà Africa Intelligence dans une précédente analyse publiée en décembre 2024.
Une entreprise publique au bord du gouffre financier
Au-delà de la crise avec Karpowership, c’est l’état général de la SEEG qui inquiète. L’opérateur public croule sous un endettement estimé à plus de 150 milliards de francs CFA (229 millions d’euros) selon les autorités gabonaises. Africa Intelligence dresse un tableau sévère : « réseau vieillissant, sous-investissement chronique et gouvernance opaque » plombent durablement ses performances.
La qualité du service se dégrade « mois après mois », tandis que l’entreprise « peine à sortir de l’ornière ». Le remboursement annoncé cette semaine ne règle donc pas les problèmes structurels : il offre simplement un répit dans une crise bien plus profonde.
Un signal positif, mais une réforme structurelle incontournable
Le versement de 30 milliards de francs CFA envoie un signal rassurant aux partenaires énergétiques du Gabon. Il démontre aussi la capacité du gouvernement de transition à mobiliser des ressources en situation d’urgence. Mais sans réforme en profondeur de la gouvernance de la SEEG et sans plan d’investissement crédible pour moderniser ses infrastructures, cette accalmie risque fort d’être de courte durée.
Source principale : Africa Intelligence, 21 avril 2026 — article corrigé à 9h40 GMT (montant révisé de 35 à 30 milliards FCFA)


























