Au regard des propos très graves du président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, lors de son séjour de 72 heures dans la province de la Nyanga, il apparaît clairement qu’une partie de la presse est prise en otage par le chef de l’État Oligui Nguema. Celui qui préside aux destinées du Gabon semble délibérément aller à l’encontre des principes de la liberté de la presse. En effet, il a annoncé publiquement être derrière certaines questions des journalistes posées à ses collaborateurs pour tester leur fidélité et leurs compétences sur les dossiers dont ils ont la gestion.
La presse gabonaise serait-elle sous contrôle du président de la Transition, Brice Oligui Nguema, au point où il commanderait lui-même des questions à poser à ses propres ministres ? Qui sont ces journalistes ? Ceux du secteur public ? Ses propres déclarations de Tchibanga répondent par l’affirmative. « Arrêtez de vous cacher, c’est le moment de montrer à ces populations si vous êtes avec moi ou si vous n’êtes pas avec moi. Le jeu, il est fini (…) et quand on vous pose les questions à la télé, vous hésitez. Mais ce que vous oubliez, c’est que parfois, c’est moi-même qui envoie les journalistes vous poser la question là comme ça », a avoué le président de la Transition devant les Nynois venus très nombreux l’écouter. Il a ensuite ajouté : « il veut passer à la télé ? Oui, posez-lui la question je veux voir et je suis là au 20h (…), je regarde et j’analyse les réponses, parce que tout ce que nous les militaires on sait faire, c’est l’analyse et ça nous amène aux résultats ».
L’émission « Les Grands Dossiers » diffusés les dimanches sur Gabon Télévision avec l’appui des autres médias publics seraient le lieu indiqué pour de telles pratiques, car l’ancien ministre de la Fonction publique, Raphaël Ngazouzet, avait été remercié de son poste après une prestation peu convaincante sur la gestion du dossier d’intégration à la Fonction publique. Cette sortie du président de la Transition à Tchibanga, après celle du porte-parole du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), le Colonel Ulrich Manfoumbi, orchestrant ainsi la brouille entre journalistes et activistes. Désormais, c’est au tour du président de la Transition et du CTRI lui-même de dicter aux journalistes comment faire leur travail.
Serait-ce le même modus operandi choisi par le chef de l’exécutif lorsqu’il demande, par la voix du porte-parole du CTRI, le Colonel Ulrich Manfoumbi, une veille médiatique sur les publications de la presse par les officiers de police judiciaire ? Les propos du Président de la Transition sont d’une telle gravité qu’ils méritent d’être analysés sans complaisance, car cela porte atteinte à la liberté de la presse, acquise à la suite de nombreuses revendications.
Dans une presse qui se veut indépendante en période de Transition et de restauration des institutions, les déclarations du chef de l’État sonnent mal. Cette approche laisse à penser qu’une partie de la presse indépendante, et surtout publique, serait effectivement prise en otage par le président de la Transition himself. Cela va à l’encontre de ses propres promesses visant à la restauration de la presse. « Le métier de la presse doit être respecté et mis en valeur, car l’écriture et la parole sont des armes qui peuvent détruire lorsqu’elles sont mal utilisées », avait-il déclaré le 2 septembre 2023 au lendemain de sa prise de pouvoir.
En analysant cette sortie du président de la Transition, on peut craindre que le classement obtenu par le Gabon à la 56e place du classement RSF 2024 ne soit relégué à l’arrière-plan en 2025. La presse est clairement prise en otage par le chef de l’État Oligui Nguema, et cette situation alarmante nécessite une réaction immédiate de la communauté journalistique pour préserver les acquis démocratiques et la liberté de la presse au Gabon.

























