La récente déclaration de Germain Ngoyo Moussavou, président de la Haute autorité de la communication (HAC), continue de susciter de vives interrogations au sein de la population gabonaise. En affirmant que « nos services techniques partenaires travaillent à une exécution totale de la décision, y compris en intégrant la question des VPN qui se trouve être un moyen de contournement de notre mesure de suspension », le régulateur des médias met en lumière une volonté manifeste de verrouiller l’espace numérique du pays.
Depuis la suspension des réseaux sociaux, officiellement motivée par la lutte contre la désinformation et la préservation de la cohésion nationale, les citoyens se sont massivement tournés vers les VPN pour continuer à communiquer et accéder à l’information. La HAC, consciente de ce contournement, entend désormais neutraliser ces outils. Mais cette stratégie soulève une question centrale : pourquoi autant d’acharnement à contrôler l’accès numérique, alors que les VPN sont utilisés dans le monde entier, non seulement pour contourner des blocages, mais aussi pour protéger la confidentialité des données et sécuriser les communications professionnelles ?
Le coût annoncé pour bloquer les VPN estimé à plus de 3 milliards de francs CFA paraît exorbitant dans un contexte où le pays fait face à des défis économiques et sociaux majeurs. Les pertes indirectes, évaluées entre 15 et 40 milliards de francs CFA par an, pourraient fragiliser davantage un tissu économique déjà vulnérable. Les entreprises, notamment celles dépendantes du numérique, risquent de voir leur compétitivité réduite, tandis que les citoyens ordinaires se retrouvent privés d’outils essentiels pour rester connectés au monde.
Au-delà des chiffres, c’est la question des libertés fondamentales qui cristallise les inquiétudes. Restreindre l’usage des VPN revient à limiter l’accès à l’information, à la liberté d’expression et à la protection de la vie privée. Dans une société où la jeunesse est particulièrement active en ligne, cette mesure est perçue comme une tentative de museler les voix critiques et de restreindre l’espace public numérique.
L’acharnement contre les VPN alimente une défiance croissante envers les institutions. Beaucoup s’interrogent : la HAC cherche-t-elle réellement à protéger la cohésion sociale ou à contrôler l’opinion publique ? Cette ambiguïté nourrit un climat de suspicion et accentue le fossé entre les autorités et les citoyens. Dans un monde où l’accès à l’information est devenu un droit quasi universel, la stratégie de neutralisation des VPN apparaît non seulement coûteuse, mais aussi difficilement tenable sur le long terme.
La décision de Germain Ngoyo Moussavou illustre une volonté de contrôle numérique qui, loin d’apaiser les tensions, semble au contraire renforcer les interrogations et la méfiance des populations.










































