Libreville, 19 avril 2026 — Le secteur gabonais du bâtiment et des travaux publics connaît un tournant historique. Le groupe Holding ACK S.A. a officialisé ce dimanche la signature d’un accord portant sur l’acquisition de 90 % du capital de Colas Gabon, jusqu’ici détenus par Colas International. L’État gabonais conserve sa participation résiduelle de 10 %. Cette transaction marque la première prise de contrôle d’un acteur étranger majeur du BTP gabonais par un groupe privé national.
Un actif industriel intégré d’envergure régionale
Colas Gabon ne représente pas un simple portefeuille d’actifs. Présente au Gabon depuis plusieurs décennies, la société emploie 254 collaborateurs, en large majorité gabonais, et dispose d’un appareil de production industriel rare dans la sous-région : carrières actives, unités de production de granulats, centrales à enrobés et laboratoires internes de contrôle qualité. Cet outil industriel intégré, difficile à répliquer dans un marché de taille modeste, constitue précisément le cœur stratégique de l’opération pour le groupe dirigé par Alain-Claude Kouakoua.
Holding ACK a pris des engagements fermes sur trois points : continuité totale des opérations, maintien de l’intégralité des emplois existants et préservation des relations avec les clients et partenaires historiques de Colas Gabon.
Démantèlement d’un oligopole de fait
Au-delà du transfert capitalistique, cette acquisition reconfigure en profondeur la structure concurrentielle d’un secteur longtemps fermé. Pendant des décennies, Colas refusait de fournir ses matériaux stratégiques, granulats, bitume, enrobés, aux entreprises concurrentes, condamnant de fait les PME gabonaises à une dépendance structurelle vis-à-vis d’un groupe restreint de majors étrangers qui se répartissaient discrètement les marchés publics de l’État.
Holding ACK annonce une rupture claire avec ce modèle : la nouvelle entité s’engage à commercialiser ses matériaux auprès de tout opérateur économiquement solvable. Cette ouverture représente un changement de paradigme pour les petites et moyennes entreprises gabonaises du BTP, jusqu’ici exclues des chaînes d’approvisionnement faute d’accès aux intrants essentiels. L’objectif affiché est également de faire pression à la baisse sur le coût au kilomètre de route, longtemps gonflé par des structures tarifaires opaques héritées de l’entente informelle entre majors.
Un groupe qui se densifie stratégiquement
Cette acquisition s’inscrit dans la logique d’intégration verticale qui caractérise la montée en puissance de Holding ACK. Le groupe, déjà actif dans les travaux publics, le transport d’hydrocarbures, la logistique et les activités portuaires via ses filiales Mika Services, Transform’ et Soleo, centralise désormais son approvisionnement en matériaux de construction. Ce que le groupe achetait à l’extérieur, il le produira dorénavant en interne.
L’acquisition de la carrière de Makora, principal gisement de gravier de qualité desservant Libreville dans un marché déjà en tension chronique, est identifiée comme un levier stratégique à part entière. La finalisation juridique et opérationnelle de la transaction est attendue pour l’été 2026, sous réserve de la satisfaction des conditions habituelles de réalisation.
Dans un Gabon en pleine reconstruction infrastructurelle, Holding ACK s’impose comme le premier champion économique national d’envergure dans le secteur du BTP.


























