En République gabonaise, la justice constitutionnelle semble s’être transformée en un théâtre où les décors de la légalité cachent mal les ficelles de la tricherie. La Cour constitutionnelle, censée être le phare de l’équité, continue de pencher, telle une « Tour de Pise », mais toujours du même côté : celui du pouvoir et des arrangements convenus.
En moins de quinze jours, deux décisions suffisent à mesurer la gravité de la dérive. La première, rendue le 26 septembre 2025, à la veille du double scrutin législatif et local, a autorisé l’usage de bulletins non authentifiés. Une permission à peine croyable, semblable à « un sésame offert aux faussaires ». Par ce décret inattendu, la haute juridiction a entrouvert la porte de la fraude électorale, comme on entrouvre celle d’un coffre-fort en oubliant la clé à l’intérieur. Résultat : les urnes, censées être les coffres de la souveraineté populaire, ont été transformées en abîmes de duplicité.
Les observateurs ont noté des scènes surréalistes : des bulletins surgissant comme par magie, des listes électorales qui s’allongent à mesure que la nuit avance, et des résultats gonflés comme des ballons d’hélium. « La Cour constitutionnelle a donné à la fraude un brevet de légitimité », ironisent plusieurs candidats, ulcérés.
Mais le second acte du drame institutionnel est encore plus absurde. Alors que des dizaines de recours affluaient pour dénoncer ces irrégularités, la Cour a imposé aux plaignants une taxe de 500 000 F CFA. Une somme astronomique pour des candidats souvent modestes, et une entorse manifeste à l’article 366 du Code électoral, lequel rappelle pourtant que « toute matière électorale est jugée sans frais ». Ainsi, la justice électorale, censée être la gardienne du droit, est devenue un marché où le ticket d’entrée coûte le prix d’une conscience républicaine.
L’ironie est cruelle : dans ce pays où l’on prêche la transparence, il faut désormais payer pour réclamer la vérité devant la Tour de Pise . Comme le souligne un candidat déchu, « la démocratie gabonaise ressemble à un jeu de cartes truqué où la Cour tient toujours l’atout du pouvoir ». Et pendant que le peuple attend la droiture, la haute juridiction, fidèle à sa posture inclinée, continue d’exercer la justice de biais, un peu comme une balance dont le fléau est soudé d’avance.
Cette Cour, jadis symbole d’équilibre institutionnel, s’érige aujourd’hui en monument de partialité. Elle ne tranche plus, elle penche. Elle ne juge plus, elle justifie. Et sous les ors de son palais, les grands principes de la République se dissolvent lentement dans les eaux troubles de la connivence.
« La justice élève une nation, mais le péché est la honte des peuples » (Proverbes 14:34, Louis Segond Bible). Une vérité intemporelle que la Cour constitutionnelle du Gabon semble avoir reléguée aux oubliettes, préférant la pente glissante des arrangements à la droiture des principes.
La Tour de Pise, malgré son inclinaison, reste au moins un chef-d’œuvre d’architecture. La Cour constitutionnelle, elle, devient la caricature d’une institution penchée sur ses propres intérêts.
En refusant d’être le rempart de la démocratie, elle en devient la plus amère ironie. Au pays du « tout est possible », la fraude trouve désormais son sceau officiel : celui de la plus haute juridiction.
Par Roland Olouba Oyabi
Manager des médias et journaliste multimédia, est titulaire d’un Master 2 en Management international des médias (IAE Lille) et d’une licence professionnelle en journalisme multimédia (ESJ Lille/Université de Lille).
Certifié Référent digital par l’École 241 de Libreville, il détient aussi une licence en gestion et création des organisations (Université de Johannesburg).
Lauréat du Prix du Meilleur Journaliste en Ligne des Awards de la Presse Gabonaise Makongonio 2025
Il fonde en 2020 le média Gabon Mail Infos, qu’il dirige comme directeur de Publication et Rédacteur en chef.

























