Dans un article publié par Le Confidentiel, les projecteurs sont braqués sur la Compagnie Nationale de Navigation Intérieure et Internationale (CNNII), secouée par une vague de protestations internes. Quelques mois seulement après sa reprise par le groupe EBOMAF, dirigé par l’homme d’affaires burkinabè Mahamadou Bonkoungou, la situation au sein de cette entreprise publique stratégique se dégrade de manière inquiétante, au point de provoquer un retentissant « J’accuse » de la part de ses employés.
Lire aussi: Mahamadou Bonkoungou: Le milliardaire burkinabé qui s’enracine au Gabon
Sous la bannière d’un collectif, les agents de la CNNII expriment une profonde désillusion quant à la gestion actuelle. Un de leurs représentants, joint par Le Confidentiel, réfute catégoriquement les justifications avancées par Aboubacar Beye, coordinateur général d’Ebomaf au Gabon. Ce dernier évoquait récemment dans un communiqué les difficultés liées à la non-appartenance des sites à l’État, les saisies de comptes et l’insuffisance des recettes.
Le collectif s’inscrit en faux : « Si réellement cette concession est caduque, pourquoi Monsieur Bonkoungou a-t-il pris des engagements avec les plus hautes autorités de notre pays ? Pourquoi a-t-il accepté la responsabilité de reprendre la CNNII, de gérer la CNNII, de payer notre passif, nos 17 mois d’arriérés de salaire, nos fournisseurs, la CNSS, la CNAMGS ? », s’interroge, avec une indignation palpable, leur porte-parole.
Les griefs s’accumulent. Les travailleurs dénoncent le lancement de travaux de réhabilitation des quais sans contre-expertise locale, ainsi qu’un mode de gestion jugé totalement opaque. Ils pointent du doigt la disparition de postes de direction au profit de Farida Bonkoungou, fille du PDG, qui aurait été nommée « coordinatrice générale » sans base administrative valide. « Quel est le pouvoir qui lui donne Titus de supprimer les postes de direction et mettre sa fille sans respecter les vices de forme ? », s’indigne le collectif.
Le témoignage souligne un management autoritaire : « Le DG Alexis Mpiga prend une décision à 10h. À 10h02, sa fille a pris une autre décision qui va à l’encontre », et « Elle gère l’entreprise sans tenir compte de sa culture et affirme à qui veut l’entendre que son père a racheté la CNNII ».
Sur le plan matériel, les agents dénoncent des conditions de travail indignes, qualifiées de « retour à une étape primaire », marquées par l’absence d’éléments aussi essentiels que du papier hygiénique ou de l’encre, dans un climat de coupures de courant fréquentes. Malgré cela, ils affirment être traités de paresseux par la direction.
Autre sujet de préoccupation majeur : l’arrivée de ressortissants burkinabés à des postes clés, bien qu’aucune compétence avérée ne semble les qualifier. « On doit leur montrer le travail. Ils ont coupé les primes allouées aux retraités, les indemnités allouées aux retraités. Ils ont revu les salaires à la baisse sans notification, sans respect de vice de forme », déplore un agent.
Plus alarmant encore, le collectif évoque une possible exploitation abusive du régime d’exonération fiscale de la CNNII par EBOMAF. Cela permettrait, selon eux, l’introduction sur le territoire de marchandises et de personnes sans aucun contrôle réglementaire : « On ne sait pas ce qui rentre dans le territoire gabonais. On ne contrôle pas », alertent-ils, soulevant de sérieuses interrogations en matière de sécurité nationale.
Toutefois, loin de remettre en cause le principe même de la concession, les employés appellent au respect des engagements pris. Ils réclament avec insistance le paiement des arriérés de salaires et une révision urgente des conditions de travail.
Faisant écho aux promesses présidentielles en faveur du rétablissement de la dignité des Gabonais, le collectif rappelle que la CNNII est avant tout un « outil stratégique national ». Ce cri d’alarme met en lumière les dérives d’une gestion perçue comme déconnectée des réalités locales et appelle à une réponse forte de l’État.
Dans ce contexte de turbulences où Ebomaf fait des déclarations, le silence du directeur général Alexis Mpiga reste assourdissant. À quand sa version des faits ?









































