Gabon, longtemps habitué à importer ses véhicules comme on importe la pluie en saison sèche, pourrait bientôt changer de trajectoire industrielle. Le 31 janvier 2026, le ministre d’État en charge des Transports, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, a ouvert les portes de son cabinet à une délégation chinoise de la société ZMEV Limited, conduite au Gabon par son partenaire économique local, AZMAT. Une rencontre qui sonne comme un premier coup de clé dans le moteur d’une ambition industrielle nouvelle.
Spécialisée dans l’assemblage de véhicules automobiles, ZMEV Limited couvre un large spectre, des véhicules légers aux poids lourds, et revendique un savoir-faire déjà éprouvé sur le continent africain. De la Côte d’Ivoire au Ghana, du Kenya à l’Égypte, l’entreprise a semé ses usines comme autant de balises industrielles. Le Gabon, à son tour, est désormais invité à entrer dans cette cartographie stratégique.
Au cœur des échanges, ZMEV Limited a dévoilé son projet d’implantation d’une usine d’assemblage de véhicules sur le sol gabonais. Plus qu’un simple investissement, le projet est présenté comme une mécanique progressive, pensée pour ancrer durablement la valeur ajoutée localement et faire monter en régime les compétences nationales.
Le déploiement est prévu en trois phases, à partir de l’année 2027. La première phase prévoit que 30 % de l’assemblage des véhicules soit réalisé localement, amorçant ainsi le transfert industriel. La deuxième phase, véritable zone d’accélération, misera sur la montée en capacité de production et le transfert structuré de compétences vers la main-d’œuvre gabonaise. Enfin, la phase finale, projetée à l’horizon 2036, ambitionne un taux d’assemblage local de 90 %, transformant le Gabon d’importateur passif en acteur industriel affirmé.
Pour les autorités gabonaises, ce projet s’inscrit dans la volonté de diversifier l’économie et de réduire la dépendance aux importations. À terme, l’usine pourrait générer des emplois, stimuler la sous-traitance locale et faire naître un écosystème industriel autour de l’automobile. Si les promesses se concrétisent, ZMEV Limited pourrait bien aider le Gabon à passer de la route de l’importation à l’autoroute de l’industrialisation. Cette perspective industrielle, encore à l’état de promesse, sera scrutée avec attention par l’opinion publique et les acteurs économiques. Elle pose aussi la question des infrastructures, de l’énergie, de la formation et de la gouvernance. Autant de boulons à serrer pour éviter que l’usine annoncée ne reste un simple mirage industriel capable de nourrir l’espoir sans jamais transformer la matière économique nationale durablement ni améliorer concrètement la vie des citoyens.

























