La section gabonaise de l’Union Internationale de la Presse Francophone (UPF) a décidé de rompre le silence et de brandir l’étendard du « devoir de vérité » face à l’annulation brutale des 51es Assises internationales prévues à Libreville. Dans une lettre ouverte datée du 11 décembre 2025, signée par son président Désiré Ename, elle accuse le Bureau international (BI), dirigé par la Secrétaire générale Zara Nazarian et la présidente intérimaire Mériem Oudghiri, d’avoir travesti les faits afin de dissimuler des exigences financières jugées exorbitantes et incompatibles avec le droit gabonais. Au cœur du différend, un virement exigé de 150 000 euros, soit près de 100 millions de FCFA, présenté comme la condition sine qua non de la tenue des Assises.
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Pour Libreville, ce coup de tonnerre a résonné comme une trahison. Car les préparatifs avaient été engagés de longue date, mobilisant la section gabonaise et l’État dans un effort concerté : budget débloqué, infrastructures hôtelières réservées, procédures de visas facilitées, et protocole d’État activé. Tout semblait prêt pour accueillir la grande messe de la presse francophone. Pourtant, le 10 décembre, le BI annonce l’annulation par une note circulaire des Assises de l’UPF à Libreville, invoquant un prétendu blocage gabonais sur une convention qui aurait été transmise plus tôt. La section gabonaise oppose un démenti catégorique : aucune proposition formelle n’aurait été envoyée avant le 28 octobre 2025, et lors de sa visite du 24 juin au 1er juillet, la Secrétaire générale n’aurait jamais évoqué cette convention auprès des autorités concernées.
Face à cette zone d’ombre , le gouvernement gabonais transmet le 15 novembre un projet de convention clair, prévoyant une prise en charge logistique fondée sur des justificatifs, ainsi qu’un rapport financier conjoint garantissant transparence et traçabilité. Mais le 17 novembre, le BI modifie unilatéralement l’article 4, introduisant une clause imposant un virement direct de 150 000 euros sur un compte français dans un délai de dix jours. Une exigence absente du projet initial et jugée illégale au regard des règles de la comptabilité publique gabonaise. Pour la section gabonaise, cette manœuvre relève de la manipulation et constitue une atteinte frontale à la souveraineté nationale, même si d’autres pays, comme le Cameroun en 2019, avaient accepté un tel procédé.
Souveraineté nationale et tensions internes à l’UPF
Dans ce bras de fer, le ministre de la Communication et des Médias, Paul-Marie Gondjout, réaffirme, dans des courriers datés des 19 et 27 novembre, l’engagement total du Gabon, tout en rappelant l’interdiction de transférer des fonds publics à l’étranger sans base légale. Il se dit néanmoins ouvert à un compromis respectueux des lois nationales. En retour, le BI campe sur ses positions, refuse toute adaptation et brandit la menace de l’annulation lors d’une réunion décisive le 9 décembre. La lettre ouverte dénonce alors un manque de respect et une mauvaise foi diplomatique à l’endroit d’un État souverain.
Pour la section gabonaise, membre d’une UPF fondée sur la liberté de la presse et historiquement soutenue par l’UNESCO, il ne saurait être question d’obéissance aveugle. Les lois nationales, rappelle-t-elle, priment sur les statuts internes. Le BI est mis au défi de produire la convention promise devant le Comité international, tandis que le Gabon dénonce une tentative d’exploitation de ses relations avec le Maroc pour solliciter l’Office Chérifien des Phosphates. Cette crise menace de fissurer l’édifice déjà fragile de l’unité francophone au sein de l’UPF.
L’annulation des Assises de l’UPF à Libreville, prévues fin janvier 2025, apparaît dès lors comme un nouveau coup de massue pour une organisation fragilisée par des divisions internes ayant conduit à la suspension du président de la section française et à la mise en déshérence de celle-ci. Les fonds engagés auprès de l’Office Chérifien des Phosphates et les premières cotisations versées pour un événement sans cesse reporté devraient, en toute logique, être remboursés par l’UPF internationale. Ce cocktail explosif, savamment dosé par le duo Nazarian-Oudghiri, annonce des lendemains sombres. Car une organisation qui défie un État souverain sème souvent, sans le savoir, les graines de sa propre tempête. Et le Gabon, visiblement, n’a pas encore dit son dernier mot.


























