À peine un an après avoir hissé la voile d’une “Nouvelle République”, le capitaine du navire gabonais, le Président Brice Clotaire Oligui Nguema, semble déjà voir son gouvernail happé par les vieux récifs du passé. L’affaire de la désignation des représentants du Gabon à la Commission de la CEEAC agit comme un miroir d’eau claire : les reflets du tribalisme d’État, que l’on croyait noyés, refont surface avec fracas.
Au départ, le capitaine trace une route nette et souveraine. Par correspondance officielle, il désigne les matelots appelés à porter haut le pavillon gabonais dans cette flotte régionale qu’est la CEEAC. Mais à peine l’ancre jetée qu’un de ses officiers, le ministre des Affaires étrangères, hisse ses propres voiles, naviguant à contre-courant, modifiant la cargaison humaine sans consulter la passerelle. Et dans cette manœuvre solitaire, il place en proue son propre cousin – comme si la barque nationale pouvait se transformer en pirogue familiale.
Dans toute marine disciplinée, un tel acte serait un sabotage. Dans un État fort, la passerelle rappellerait à l’ordre l’officier indiscipliné, quitte à le débarquer. Mais dans ce navire gabonais, le silence est abyssal. Pendant que les meilleurs navigateurs – le professeur Zomo Yebe, la docteure Nguema Okome – restent à quai, c’est un marin au passé comptable houleux qui s’apprête à tenir la barre de la Vice-Présidence de la Commission. La méritocratie est jetée par-dessus bord, le tribalisme sert de boussole.
Et voici que le capitaine lui-même se trouve face à la tempête :
Soit il reprend le gouvernail, chasse les courants communautaristes et remet l’État sur la voie du mérite et de l’unité.
Soit il laisse la houle tribale fracturer son équipage, entraînant le navire de la République vers les récifs de la faillite morale et diplomatique.
L’affaire CEEAC n’est pas qu’une bourrasque passagère. Elle révèle une fuite dans la coque même de l’État, une infiltration lente mais mortelle. Si rien n’est colmaté, le navire finira par sombrer, et avec lui l’espoir d’un Gabon gouverné par la compétence plutôt que par les clans.
Le capitaine est prévenu : la République n’a pas besoin de rameurs liés par le sang, mais de marins liés par le mérite.
Comme disait un vieux sage de lambaréné -« Quand la pirogue fuit, ce n’est pas en rajoutant du poids qu’on la sauve ».
Par Darlyck Ornel Angwe


























