Libreville, Gabon – L’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie By Nze, dans un entretien accordé à Jeune Afrique le 27 août 2025, livre une analyse acerbe de la situation politique gabonaise, pointant du doigt non seulement les actions du pouvoir actuel mais surtout les failles structurelles d’un système qu’il juge obsolète et inefficace. Sa critique, bien que centrée sur le gouvernement de Brice Clotaire Oligui Nguema, s’élargit aux pratiques qui, selon lui, ont gangrené le pays pendant des années.
Bilie By Nze dénonce une gouvernance « hypercentralisée » où la présidence concentre tous les pouvoirs, étouffant toute initiative et réduisant l’action publique à une simple façade. Il déplore une « mal-gouvernance » couverte de légalité, où les décisions émanent d’une seule personne, créant une dynamique de pouvoir rigide et peu réactive aux besoins réels du pays. L’ancien Premier ministre souligne le manque de priorités claires dans les actions gouvernementales, qu’il s’agisse de la santé, de l’éducation ou de la lutte contre la vie chère, domaines dans lesquels il constate des « situations catastrophiques » et des « traductions concrètes » absentes sur le terrain. Pour lui, le gouvernement actuel apparaît « déjà à bout de souffle, sans inspiration ».
Le « cas Oyima » est cité comme un exemple éloquent des contradictions et des conflits d’intérêts qui marquent le système. La double casquette d’Henri-Claude Oyima, ministre de l’Économie et des Finances tout en restant PDG de BGFI et président de la BVMAC, illustre, selon Bilie-By-Nze, des « relations incestueuses assumées entre fonds publics et fonds privés ». Cette situation soulève de sérieuses interrogations sur l’éthique publique et la transparence dans la gestion des finances de l’État.
Le dossier de la famille Bongo est également abordé sous l’angle des non-dits et des incohérences. L’ancien Premier ministre estime que le peuple gabonais n’a pas reçu toutes les explications sur le départ d’Ali Bongo et de sa famille, ainsi que sur les procédures judiciaires engagées. Les plaintes pour torture et détentions arbitraires déposées en France, contrastant avec les actions du pouvoir gabonais, révèlent, selon lui, une réalité de la torture dans les prisons et une justice gabonaise « aux ordres ».
À l’approche des élections législatives et locales de septembre, Bilie By Nze exprime ses doutes quant à la possibilité d’un scrutin équitable. Les rejets de candidatures jugés arbitraires et les appels à la transparence du président Oligui ne suffisent pas à masquer, pour l’ancien Premier ministre, un système où la concentration du pouvoir, l’opacité des affaires et la soumission de la justice compromettent la sincérité des urnes. Sa critique vise donc l’ensemble du système politique gabonais, qu’il juge incapable de donner une direction claire et juste au pays.
Par Yann Yorick Manfoumbi










































