À l’approche de la CAN 2025, un autre affrontement se joue loin des terrains marocains : celui des droits télévisuels. Au cœur du débat, New World TV, désormais maître des droits de diffusion des compétitions de la CAF, n’a accordé que 32 matchs en clair aux chaînes publiques francophones. Une décision qui fait grincer des dents dans plusieurs capitales, où les diffuseurs estiment que leurs publics méritent un accès plus large à la compétition reine du continent. Tandis que les supporters attendent fébrilement le coup d’envoi, la bataille médiatique s’intensifie, révélant un rapport de force inédit entre chaînes publiques aux budgets serrés et un détenteur privé des droits devenu incontournable.
La tension trouve racine dans un long feuilleton. Depuis plusieurs années, les droits de diffusion de la CAN, ce joyau convoité, ont changé de mains comme un ballon glissant dans un match sous la pluie. L’UAR gérait encore le dossier en 2019, mais depuis novembre 2023, c’est New World TV, le groupe togolais, qui s’est emparé des droits CAF pour trois ans. Une acquisition qualifiée par certains d’« offensive médiatique » tant elle a bouleversé l’ordre établi.
En héritant de cette mission, New World TV a aussi hérité du rôle de gardien du temple : c’est désormais lui qui commercialise les matchs à 46 pays d’Afrique subsaharienne. Et si, comme le rappelle son avocat Louis Biyao, « la CAF n’autorisait que 28 matchs en clair en 2023 », la progression à 32 semble, du point de vue du diffuseur, constituer un geste d’ouverture. Mais pour les télévisions publiques francophones, c’est une goutte dans l’océan d’attente de millions de téléspectateurs. Leur revendication est limpide : une compétition financée en partie par les États devrait, disent-elles, « revenir intégralement aux populations ».
À peine un mois avant le coup d’envoi, la fronde de ces chaînes peut surprendre. Car les négociations ont débuté bien plus tôt, et plusieurs accords sont déjà gravés dans le marbre. En Côte d’Ivoire, la NCI a annoncé dès juillet 2025 un partenariat pour diffuser en clair les rencontres autorisées. Canal+, de son côté, a dû passer par la même porte que les autres : conclure un accord avec New World TV pour proposer l’intégralité du tournoi.
Ces décisions montrent que la partition était déjà écrite depuis longtemps. Pourtant, la contestation surgit à la dernière minute, comme une réclamation sur un but marqué hors-jeu bien après le coup de sifflet. Or les limites imposées au clair découlent du contrat CAF lui-même : New World TV n’a pas les mains libres pour en augmenter le volume.
En filigrane, c’est une vieille équation qui réapparaît : comment concilier un public affamé de football, des budgets faméliques et une inflation continue des droits ? Les chaînes publiques dénoncent une logique « économiquement inéquitable », inspirée des modèles européens, où les marchés sont plus robustes. Le groupe togolais assure pourtant défendre leurs intérêts, affirmant avoir « négocié une hausse significative des matchs accessibles gratuitement ».
À l’aube du tournoi, l’horizon semble figé. Sauf revirement, les chaînes francophones devront se contenter des 32 matchs accordés. Reste à savoir si, un jour, la CAF réécrira les règles d’un jeu devenu trop coûteux pour les diffuseurs publics.









































